Le gué du tigre de Philippe Dessertine

Philippe Dessertine est né en 1963, c’est un économiste spécialisé dans la finance, Professeur à Paris X-Nanterre depuis 2001. Il enseigne aussi à l’ENSAE et à Polytechnique. Il est auteur d’ouvrages et d’articles sur l’information financière dans le Journal Libération.

Ce livre est un excellent thriller géo-politique, haletant, troublant, où tout est vrai, y compris ce qui est faux et dont le but ultime est de fournir les clefs même si certaines portes s’ouvrent sur des réalités terrifiantes. Et si la réalité dépassait la fiction ? Merci à Loreto R. pour ce prêt.

Selon Philippe Dessertine, ce roman suggère une leçon aux Occidentaux , a savoir: avec les chinois on ne comprend pas tout; l’Occident est en peine de voir que une partie de la finance mondiale lui échappe; qu’au nom d’une vision économique à court terme, il accepte tout de la part de la Chine; que l’Occident ferait mieux de tenir ferme à ses valeurs.

En ce qui concerne la trame du roman, nous sommes en Chine en février 2012, date à laquelle le super flic Wang Lijun demande l’asile politique au consulat américain de la ville de Chengdu. Cet homme est le bras droit de Bo Xilai, étoile montante du PCC qui a l’ambition de devenir le numéro un des instances politiques chinoises. Ses origines sont sans tâche puisqu’il est fils d’un « prince rouge » ou princelings  les hommes qui ont entouré Mao pendant la Révolution Culturelle. Pendant trente heures Wang Lijun va livrer aux américains des secrets d’État de la plus haute importance en matière de finance internationale, en échange de son  extradition politique puisqu’il dit être en danger de mort. Après des négociations directes avec le Pentagone, son asile politique aux USA sera refusé, mais sa vie sera sauve après âpres négociations. Deux mois après cette énorme mascarade, Bo Xilai, le premier des « princes rouges » et ses comparses tomberont. La deuxième femme de Bo Xilai, Gu Kailai, fille de général, avocate de haut vol, est un véritable personnage de roman, elle sera condamnée à mort (avec sursis) pour l’assassinat par empoissonnement, de sa propre main d’ un britannique, Neil Heywood, impliqué dans la finance internationale parce qu’il avait refusé la migration de milliards de dollars. Mais le roman termine de façon inattendue car les américains se rendent compte de l’énorme machine d’intox ou de manipulation de la part des chinois. Un thriller impeccable, que l’on ne peut pas quitter et qui fait froid dans le dos car trop proche de la réalité.

Au sein du PCC la hiérarchie est très codifiée. L’appellation de princelings ou « princes héritiers » ou encore « princes rouges » correspond aux dirigeants au sommet du Parti, ils doivent pouvoir se prévaloir d’une famille ayant été d’une manière ou d’une autre associée aux différents temps de la révolution, sous Deng Xiaoping ou, mieux encore, sous Mao. Les princelings sont considérés comme les gardiens du temple, de l’orthodoxie de la révolution. Ils doivent être différenciés des dirigeants sans ascendance « noble » au sens du Parti ou tuanpai, ayant gravi les échelons du pouvoir par eux-mêmes, marche après marche, grâce à leurs diplômes, leur volonté, leur intelligence. Les représentants les plus remarquables des tuanpai sont le président actuel Hu Jintao et son Premier ministre, Wen Jiabao.

Actuellement plusieurs clans s’affrontent pour le pouvoir suprême en Chine. Les deux principaux sont les princelings et les tuanpai. Ces derniers sont les sortants, puisqu’ils comptent dans leurs rangs le président actuel Hu Jintao et son Premier ministre. Les princelings se réclament de l’idéologie du Parti communiste et considèrent que le capitalisme est un mirage dont le processus d’autodestruction s’accélère avec la crise immense qui ravage l’économie planétaire depuis plus de quatre ans. Mais il y a aussi un troisième clan constitué par les triades ou mafias chinoises, plus proches des tuanpai qui sont des organisations criminelles dont les adeptes ne rêvent que d’enrichissement personnel; elles ont été utilisées par le pouvoir politique et économique car les profits traditionnels tirés de la corruption dans les domaines du jeu, de la prostitution et de la drogue ne sont rien auprès de ceux que rapporte l’économie réelle. C’est la raison pour laquelle les triades ont décidé de se focaliser  sur la véritable arme absolue du monde contemporain: la finance. Les triades sont sur le point d’accéder non seulement au pouvoir en Chine, mais aussi de diriger le monde.

Deux mécanismes sont à l’oeuvre dans la période actuelle, visant à conférer un pouvoir gigantesque aux structures financières de Hong Kong, Taïwan, Macao et Singapour. Le premier de ces mouvements est l’exode massif des liquidités chinoises. La richesse provenant de la croissance économique déserte les banques traditionnelles, les fragilisant au passage, pour se porter dans des établissements déréglementés qui se trouvent dans ces villes sans foi ni loi, ces paradis fiscaux immoraux que les chinois tolèrent à l’intérieur du territoire. A cette migration massive s’ajoute la mutation à grande échelle de la finance occidentale, car à force de réguler et de réglementer, nous avons initié un processus d’exode forcé. Les équipes des meilleures banques, les capitaux, les structures techniques quittent New York ou Londres pour rejoindre les fameux paradis, réglementaires cette fois. Et des groupes plus ou moins occultes commencent à se constituer, détenant derrière les vitres de leurs sièges sociaux les clés de l’économie mondiale.

LE GUÉ DU TIGRE,Éditions Anne Carrière 2012,  ISBN  978-2-8433-7685-6

Une réflexion sur “Le gué du tigre de Philippe Dessertine

  1. Cette partie de poker entre un « policier chinois » et des hauts dirigeants américains fait froid dans le dos.C’est fantastique comme les chinois ont testé les américains afin de voir jusqu’ où ils pouvaient aller.J’ai fini ce thriller avec la sensation qu’ avec les chinois on ne comprend rien du tout et je me pose la question suivante : Où est la réalité ?et jusqu’à quand va-t-on accepter,nous occidentaux ,que la Chine qui n’a pas nos valeurs puisse nous manipuler…
    Je ne suis pas rassurée sur l’avenir du monde.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s