La contrebasse de Patrick Süskind

Patrick Süskind est né en 1949 à Ambach,  Bavière où il réside actuellement. C’est un écrivain et scénariste, qui a étudié l’ histoire médiévale et l’histoire contemporaine à Munich et à Aix-en-Provence.

Il y a très longtemps,  j’ai lu de lui Le Parfum qui est son premier roman, édité en 1985 ( Die Geschichte eines Mörders), et qui  lui valut un succès mondial, traduit dans plus de 20 langues, adapté au cinéma en 2006 par Tom Tykwer, sous le titre Le Parfum, histoire d’un meurtrier. C’est un livre qui m’aura marqué, c’est un livre duquel je ne pourrais pas me séparer, estimant qu’il doit être sur l’étagère, pour ma paix intérieure, disponible pour le jour d’une envie de relecture. Il faut dire que ce livre est devenu un classique, il est étudié en classe, il apporte une certaine virtuosité alliant la littérature au monde sensoriel. Car ce livre, comme d’aucuns l’ont si justement écrit, il nous fait voir ce que l’on sent et goûter ce que l’on voit. Un livre qui se lit et se respire.

La première publication de Süskind fut cette pièce théâtrale à un personnage,  La Contrebasse  jouée pour la première fois à Munich en 1981 et publiée en 1984. Elle connut un succès mondial et elle est périodiquement reprise sur les planches, la qualité du spectacle dépend entièrement des dons du comédien; ainsi, à Paris nous gardons un souvenir émouvant de Jacques Villeret dans le rôle principal, en imaginant mal Jacques Villeret cacher sa vaste anatomie derrière l’instrument, aussi volumineux soit-il. Merci à Sylvie B. pour ce prêt, livre aperçu dans son salon et prêté sans hésitation.

Cette pièce de théâtre, de moins de 100 pages, est un monologue féroce qui commence comme une ode à la contrebasse, instrument puissant et imposant, essentiel à tout orchestre digne de ce nom mais où très vite l’esprit du personnage va se troubler (avec l’ingestion immodérée de bière) et devenir une digression proche de la folie , catharsis où le contrebassiste déverse son amertume, se vide de ses frustrations, hurle son mal-être et sa solitude de mâle. Ainsi les propos qui étaient amusants et spirituels au début, deviennent pathétiques et dérangeants à la fin.

De l’ode à la contrebasse: […]c’est moi. C’est nous, si vous préférez. Mes collègues et moi. Orchestre National: ça fait du bruit, c’est moi qui vous le dis, beaucoup de bruit. Douze contrebasses, si elles s’y mettent, vous ne pouvez par leur damer le pion, même avec l’orchestre au complet. Ne serait-ce qu’en décibels . Les autres n’ont plus qu’à aller se rhabiller. Mais si on n’est pas là, rien ne va plus. N’importe quel musicien vous le dira: un orchestre peut toujours se passer de son chef, mais jamais de la contrebasse. Il existe des orchestres sans premier violon, sans instruments à vent, sans percussions, sans tambours ni trompettes, sans tout ce que vous voulez. Mais pas sans basse. Supprimez la basse, et vous obtenez une confusion digne de la Tour de Babel, c’est Sodome et Gomorrhe, plus personne ne sait pourquoi il est en train de faire de la musique…

De la haine de la contrebasse: […] l’instrument n’est pas  précisément maniable. Une contrebasse, c’est plutôt, comment dire, un embarras qu’un instrument. Vous ne pouvez guère la porter, il faut la traîner; et si vous la faites tomber, elle est cassée. Dans une voiture, elle ne rentre qu’à condition d’enlever le siège avant droit. A ce moment- là, la voiture est pratiquement pleine. Dans un appartement, elle se trouve sans cesse sur votre chemin. Elle est plantée là…avec un air si bête, vous voyez…mais pas comme un piano . Un piano, c’est un meuble. Vous pouvez le fermer et le laisser là où il est. Elle, non. Elle est toujours plantée là…

Petit livre distrayant, oeuvre mineure après Le Parfum, mais dont le succès sur les planches perdure depuis 30 années !

Voici un morceau de Dittersdorf, largement cité dans la pièce (Autriche 1739-1799) pour contrebasse (Concerto N°2 E Major Mvt II adagio molto) où le jeu de l’instrument se détache à souhait:

LA CONTREBASSE, Livre de Poche N°7308( Diogenes Verlag 1984)  ISBN 978-2-253-05783-3

Une réflexion sur “La contrebasse de Patrick Süskind

  1. Je ne connais pas ce titre mais ça a l’air d’être intéressant! Tout à fait d’accord pour Le parfum, une histoire extraordinaire, un vrai plaisir sensoriel, à lire et relire.

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