Le tombeau d’Hélios de Pierre Magnan

Pierre Magnan  est un auteur de romans policiers assez mal connu du grand public, romans  qui se passent dans le cadre des Alpes- de- Haute Provence (autrefois Basses Alpes). Magnan, comme Giono, un autre enfant du pays, était natif de ce terroir provençal et il a vécu toute sa vie dans ces contrées autour de  Forcalquier, qu’il décrit avec une faconde et un talent incroyables. Car même aujourd’hui il demeure peu connu, malgré  trois téléfilms  tournés d’après trois de ses romans , avec l’ineffable commissaire Laviolette, incarné à l’écran par le charismatique Victor Lanoux. Pierre Magnan est décédé en avril de cette année et nous a laissé une vaste oeuvre qui mériterait à être plus diffusée.

Les trois téléfilms qui ont été tournés pour France 3 sont « Le courrier de la mort » en 2006, « Le sang des Atrides » en 2010 et en 2011, celui-ci, « Le tombeau d’Hélios », diffusé en septembre 2011 par la chaîne nationale , avec un grand succès d’audience.

Ce livre est le deuxième opus que je lis de Magnan, le premier a été cité dans ce blog en septembre 2012, Les charbonniers de la mort. Ces deux opus m’ont été prêtés par mon amie Françoise P: merci choupi !  Très belle découverte grâce à toi.

Dans Le tombeau d’Hélios, nous sommes à Manosque en l’hiver de 1962: un groupe de vrais amis, liés depuis la maternelle, avaient monté une affaire financière connue comme une tontine: c’est la mise en commun d’un capital pendant une durée assez longue (10-20 ans) qui va fructifier et qui sera versé au dernier survivant. Or ce groupe d’amis va commencer à  diminuer par des  meurtres successifs.  Le modus operandi est l’empoisonnement par un dérivé du cyanure employé par les chasseurs pour la destruction des nuisibles( comme les renards et les blaireaux). La mort est quasi instantanée .

L’ineffable inspecteur Laviolette entre en scène pour résoudre l’énigme qui passionne tous les Manosquins. C’est le prétexte pour nous donner des descriptions des alentours et des personnages hauts en couleur, à se pâmer de plaisir. Ces amis, que la vie a mené par des chemins bien différents, continuent de se voir et de se fréquenter autour de ripailles et de beuveries mémorables, laissant un peu de côté leur femmes. Toutes ces femmes ont été porteuses de dots substantielles. Chaque personnage est un vrai tableau à lui seul; par exemple la description d’ Aubert de Chantesprit : il était grand, maigre, monoclé, les yeux injectés de sang comme un amateur de pastis; le nez persillé de veines violettes. Sa lèvre supérieure s’agrémentait d’une moustache en bouche d’aspirateur. Strictement vêtu, élégant comme tous les maigres, il portait nœud papillon. Aubert de Chantesprit était le seul à particule de la bande et ayant la fâcheuse habitude de parier aux courses, il était fortement endetté. Il avait transformé le domaine familial en baisodrome retiré et discret, seul établissement de cette classe à cent kilomètres à la ronde, à drainer parmi les couples en train de se former, de se reformer ou de se transformer, suffisamment d’âmes délicates- et argentées- pour qu’il fût nécessaire de retenir sa chambre un mois à l’avance.

Ou comme la description de  Hermerance ( ah, le prénom! ), la nonagénaire de Manosque qui tirait les cartes à tout le monde et qui était au courant des secrets de tous depuis 50 ans , mais soumise au secret professionnel : Laviolette fixa Hermerance au fond des yeux si a l’abri derrière ces ganglions écroulés qui lui servaient d’orbites ; pourtant ces yeux aux aguets, à l’expression encore acérée, connaissaient les malheurs et les infortunes de trois générations de Manosquins. Quand elle mourrait ce serait comme si l’on brûlait en place publique trois quarts de siècle  d’histoire locale. La destinée de beaucoup de ses pratiques, elle l’avait vue se dérouler de bout en bout, après l’avoir prédite. Certaines tombes du cimetière contenaient des dépouilles dont l’existence avait été fidèlement vécue en fonction de ses prédictions.

[…] La rumeur des grands arbres plus hauts que la maison l’accueillait comme chaque nuit. C’était un vent particulier aux Iscles, qui sévissait quand alentour tout était calme. On l’entendait au plus lointain de la plaine s’écouler en cataracte au plus profond du silence. Il ne soufflait pas au ras du sol, mais les sycomores, mais les cèdres, mais les trois chênes épargnés depuis deux siècles, le captaient dans leurs cimiers d’une saison à l’autre. Car ils étaient dans l’axe de la Durance et c’était le souffle des montagnes à l’horizon qui roulait jusqu’ici. Peut-être était-ce le soupir de leur réveil, quand le soleil chasse l’air froid au matin. 

[…] Quand ils en furent au dessert, après le fromage, le patron vint les admirer digérer. Il cachait sous son bras, pour l’exhiber en temps opportun  cette « bouteille du chef » qu’ils vous offrent tous, après un bon repas, afin de vous achever.

[…] Manosque sentait bon le baron d’agneau et les paupiettes. Devant les pâtisseries, jusque sur les trottoirs, les gourmands faisaient la queue. On ne se nourrit pas de peu, le dimanche, dans cette ville alanguie d’un ennui cossu, sitôt que les écoliers cessent de l’animer.

Pour terminer, un paysage des lieux si riches en saveur  provençale:

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Plateau du Revest de Bion

Après une lecture si jouissive, j’ai envie de terminer par une phrase de Jules Renard…Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureuse.

LE TOMBEAU D’HÉLIOS, Folio N° 2210, 1993 ( Arthème Fayard 1980),  ISBN 2-07–038300-8

Une réflexion sur “Le tombeau d’Hélios de Pierre Magnan

  1. MI QUERIDA ENCICLOPEDIA CHILENA ,

    Sabés lo que pienso personalmente de las novelas policíacas, pero como no soy obtusa leo y que SORPRESA !! QUE PROSA !!!! , lo de « l’ennui cossu » y de los » Arboles con sus suspiros del despertar  » ……Un sueño . Te da ganas de leerlo . Me parece que lo voy a pasar bien leyendolo .

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