Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950 de Bill Bryson

US author Bill BrysonWilliam (Bill) MacGuire Bryson est né en 1951 dans l’Iowa, États-Unis; il a grandi dans la ville de « Des Moines »,qui est le lieu où se déroule ce roman de son enfance dans une  Amérique de 1950-60, confite dans sa béatitude. C’est un auteur  de récits de voyages humoristiques, mais aussi de livres traitant de la langue anglaise et de sujets scientifiques. Il a vécu presque toute sa vie d’adulte dans le Royaume-Uni, travaillant dans le journalisme entre 1977 et 1987 ,  puis retournant aux États- Unis pour terminer son diplôme. Il s’est installé définitivement   dans le Norfolk (UK ) avec son épouse anglaise Cynthia et ses enfants. Ce livre est son dernier ouvrage.

Le titre de ce roman en anglais est The life and times of the Thunderbold Kid, publié à Londres en 2006. Le Thunderbold Kid était un surnom que lui avait donné son père par admiration moqueuse devant le personnage kitsch qu’il s’était inventé tout seul, mélange de Davy Crockett, Roy Rogers, Zorro, Robin des Bois, et d’autres.

Le livre est très, très drôle, ainsi que tous les ouvrages de Bryson, paraît-il.  Il narre l’Amérique profonde, blanche et bien pensante dans la ville de Des Moines entre 1950 et peu avant 1960, lorsque le pays connut un essor économique sans précédent, avec le démarrage en trombe d’un consumérisme effréné, lorsque après la Deuxième Guerre Mondiale, toutes les industries du pays se convertirent dans l’industrie manufacturière pour les ménages américains. Au sortir de la guerre, les États-Unis possédaient 26 milliards de dollars sous la forme d’usines qui n’existaient pas avant le conflit, 140 milliards sous la forme d’épargne et de titres d’emprunt de guerre qui n’attendaient qu’à être dépensés sans dégât sur leur territoire, ni de pratiquement aucune concurrence à l’échelle mondiale…

Dès 1951 près de 90%  des familles américaines possédaient un réfrigérateur, près des trois quarts un lave-linge, un téléphone, un aspirateur et une cuisinière à gaz ou électrique...Les américains contrôlaient les deux tiers de la capacité de production de la planète, produisaient plus de 40% de son électricité, 60%  de son pétrole et 66% de son acier. Les 5%  de la population mondiale qui étaient américains possédaient plus de richesses que tous les autres 95% réunis. A la fin des années 1950, il y avait aux États-Unis près de soixante-quatorze millions de voitures en circulation, presque deux fois plus que dix ans auparavant. Los Angeles à elle seule possédait plus de voitures que toute l’Asie, et General Motors était une entité économique plus importante que la Belgique.

En 1951, l’Américain moyen mangeait 50% de plus que l’Européen moyen. Pas étonnant que les gens aient été aussi heureux. Ils avaient soudain les moyens de s’offrir des choses dont ils n’avaient même pas rêvé, et ils n’en revenaient pas de leur chance. Il y avait aussi une merveilleuse simplicité du désir. Les États-Unis comptaient en 1951 une population de 150 millions d’habitants, soit un peu moins de la moitié du chiffre actuel, et seulement quatre fois moins de voitures qu’aujourd’hui.  Le total des dépenses publiques s’élevait à 50 milliards par an contre 2500 milliards de nos jours.

En 1950 les Américains n’étaient pas du tout téméraires en matière culinaire ( euphémisme élégant pour ne pas dire qu’ils étaient ignorants, Ndlr) et le plus grand critique gastronomique de l’époque, Duncan Hines, auteur d’un immense best-seller  Adventures in Eating,  déclara avec fierté qu’il ne mangeait jamais de plat dont le nom avait une consonance française, sauf s’il pouvait l’éviter. En revanche, les habitants de l’Iowa avaient les plus savoureuses pâtisseries, le poulet frit le plus croustillant,  les travers de porc les plus charnus et délicieusement salissants, la meilleure junk food et les meilleurs pets après coup de burger au chili con carne de chez George, car le burger ne durait que quelques minutes, mais les pets, eux, ne s’arrêtaient jamais…

Le supermarché du coin, le Dahl’s, possédait une invention de génie appelée le Kiddie Corral, un enclos douillet construit dans le style d’un corral de western et rempli de bandes dessinées: les mamans laissaient leurs enfants pendant qu’elles faisaient leurs courses. Les BD dans les années 50 étaient produites en grand nombre: un milliard d’exemplaires en 1953 !

Dans la myriade de souvenirs rigolos de Bryson sur son enfance bénie des années 50, deux sont désopilants. Le premier concerne ce qu’il appelle les toilettes atomiques de la cafétéria du centre ville, le Bishop’s : quand vous tiriez la chasse, la lunette se relevait automatiquement et allait s’encastrer dans une cavité murale où elle était baignée d’une lumière violette qui vibrait d’une façon tiède, hygiénique, sophistiquée, avant de redescendre, impeccablement désinfectée, agréablement chauffée et quasiment palpitante de thermoluminescence nucléaire. Dieu seul sait combien d’habitants de l’Iowa moururent de cas inexpliqués  de cancer des fesses dans les années 50-60, mais ça valait le coup. La tradition voulait que lorsqu’on recevait des visiteurs d’une autre ville, on les emmenait chez Bishop’s pour leur montrer les toilettes atomiques…L’autre souvenir désopilant concerne l’oncle Dee, qui en fait n’était pas un oncle, mais s’incrustait à toutes les réunions de famille, il n’avait plus de larynx, mais un trou dans la gorge qu’il recouvrait d’un voile de gaze qui se détachait lorsque l’oncle Dee était d’humeur exaltée, c’est à dire presque tout le temps. Les choses se passaient assez bien, sauf quand l’oncle Dee était  en train de manger. Quand il mangeait vous n’aviez pas intérêt  à vous trouver près de lui car il parlait la gorge pleine. Tout ce qu’il ingurgitait ressortait par le trou sous forme d’un léger spray. Le petit Bryson était surtout frappé par le fait que absolument tout ce qu’il mettait dans sa bouche ( gâteau au chocolat, steak de poulet pané, haricots, épinards, rutabagas, confiture) se transformait, le temps d’atteindre le trou dans sa gorge, en cottage cheese. Telle était, bien entendu, la raison précise de l’ aversion pour le cottage cheese du jeune Bryson…

Selon un sondage Gallup, 1957 fut l’année la plus heureuse jamais enregistrée aux États-Unis. Bill Bryson ne peut pas  expliquer ce qui s’est passé car de nos jours il n’y a plus de gens dehors, plus d’enfants à vélo, plus de voisins en train de papoter d’un jardin à l’autre, plus de vieillards sur le perron de leur maison. Tout le monde reste chez soi.

Livre très, très drôle avec la juste nostalgie d’un passé heureux dont on espère qu’il ne sera pas à tout jamais envolé, car cela fait de la peine de voir tomber un géant pareil, un géant que nous avons tous idéalisé à un moment de notre vie. Quant à moi , je souhaite de tout coeur que ce géant se relève. God Bless America. Et merci  Fanfan P. pour ce cadeau jouissif.

MA FABULEUSE…,Petite Bibliothèque Payot N° 775,  2010,  ISBN 978-2-228-90561-9

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