Sarn de Mary Webb

Mary Webb, née Mary Meredith, est une romancière  et poète anglaise née à Leighton en 1881 dans l’Ouest de l’Angleterre, apparentée par sa famille maternelle à Sir Walter Scott ; elle est décédée en 1927, a l’âge de 46 ans d’un désordre thyroïdien.  Elle a laissé 5 romans qui dépeignent tous la vie rurale du XIXème siècle à la campagne anglaise; c’est une romancière romantique après l’heure, exprimant avec lyrisme des sentiments personnels et s’emparant de la nature comme d’un personnage puissant et mystérieux dans une campagne pétrie de croyances superstitieuses, ce sont des romans naturalistes.

Sarn ( en anglais Precious Bane ) fut publié en 1924, c’est son roman le plus connu, d’une grande sensibilité ; il devint un best-seller en 1928 grâce à la préface écrite par le Premier Ministre britannique d’alors, Stanley Baldwin. Le titre en anglais est extrait du poème  » Paradise lost  » de John Milton. La traduction de precious bane en français pourrait donner précieux fardeau ou précieuse calamité, faisant allusion au bec-de-lièvre de l’héroine , fardeau qu’elle considérait envoyé par le ciel afin de la rendre meilleure alors que dans son entourage, au village, cette malformation de naissance était considérée comme un signe démoniaque et stigmatisait la méfiance superstitieuse atavique des villageois.

Un mot sur le traducteur de Sarn, Jacques de Lacretelle qui nous rend une prose somptueuse, probablement très proche du lyrisme de Mrs Webb; Jacques de Lacretelle, né en 1888 et décédé en 1985, écrivain français de renom, membre de l’Académie Française et ayant fait des études à l’Université de Cambridge,  dont son livre le plus connu est Silbermann, roman qui obtint le Prix Fémina en 1922.

Sarn est narré à la première personne par Prudence Sarn, alias Prue, qui tient un journal et qui habite la ferme du lieu dit Sarn, lieu assez à l’écart  du village avec un étang connu comme l’étang de Sarn. Mary Webb nous donnera des descriptions de la campagne, de la nature, des animaux et des eaux noires de l’étang de Sarn, descriptions évocatrices de paysages à la Constable. C’est le sorcier du village qui lui apprendra à lire car à cette époque les gens instruits étaient rares. Elle veut apprendre à lire car son frère Gédéon a décidé de devenir riche afin d’acheter une belle maison au village pour se donner une vie meilleure. Pour cela il travaille comme une bête de somme, lui, sa soeur et sa pauvre mère. Grâce à des efforts surhumains et à l’asservissement des siens, il réussira à se faire une petite fortune, mais sa cupidité provoquera sa perte et tout finira mal. Dans le roman il y a aussi une très belle histoire d’amour entre Prue et le tisserand du village, Kester Woodseaves, qui l’aimera pour son courage, sa force morale devant l’adversité, malgré sa laideur physique. On sent la tendresse de Mary Webb envers le personnage de Prue Sarn car la romancière se retrouvait dans ce personnage: elle était elle même de constitution délicate et affublée d’un goitre que l’enlaidissait.

Il existe une Mary Webb Society dans le Shropshire, le terroir d’élection de Mary Webb, depuis 1972 avec des évènements chaque année tendant à promouvoir son oeuvre et son souvenir. C’est mon amie Françoise P. qui m’a prêté ce livre qu’elle avait énormément aimé et qu’elle relit de temps en temps, car c’est un livre qu’on relit avec délices.

Chaque chapitre est un poème en prose mené par un extraordinaire talent de conteuse, c’est l’affrontement du bien et du mal. Et même si l’écriture paraît un peu désuète, on se promène comme dans un tableau de Constable fait de joliesse, mais où la superstition est très présente, ce qui donne un air surnaturel au roman. Des coutumes étranges comme de faire les inhumations de nuit, ou comme celle de louer après un décès un pauvre hère qui venait prendre le pain et le vin qu’on lui tendait par dessus le cercueil, c’était un « mangeur de péchés » et il servait à exorciser les péchés commis par le défunt. Il fallait aussi avertir les corneilles du deuil, car si on ne le faisait pas, il vient aux corneilles un mécontentement et elles tombent dans une mélancolie et ne reviennent pas, et alors la maison qu’elles quittent ne prospère plus jamais.

Ce roman dégage une telle force qui en fait une oeuvre majeure de la littérature anglaise.  Mary Webb est dans la lignée des  Brontë, Hardy, Towsend, Warner et d’autres. Il y a aussi quelque ressemblance avec le roman de Lewis Grassic Gibbon, Sunset Song. Et en France, on pourrait la mettre en parallèle avec George Sand qui aimait aussi tellement la nature avec cette interpénétration entre les âmes et la nature.

Une adaptation pour la télévision a eu lieu en France dans les années 60 sous le titre de Sarn par Claude Santelli avec Pierre Vaneck, Danielle Lebrun, Dominique Labourier, entre autres, et qui eut un grand succès. Vous pouvez  revoir Sarn en déchargeant  le film grâce aux archives de l’ INA sur le site INA.fr.

Voici un tableau de John Constable qui fait penser au paysage évoqué dans Sarn; il s’agit de Wivenhoe Park, 1816.

SARN, Le Livre de Poche N° 65,  1963 ( Bernard Grasset 1930).

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