Quand la lumière décline de Eugen Ruge

Cet écrivain allemand, d’origine russe, est né dans l’Oural en 1954. Ancien mathématicien passé à l’Ouest en 1988 , il écrira des guions et des pièces de théâtre jusqu’à l’écriture de son premier livre, celui dont il est question ici,  qui connait un succès prodigieux en Allemagne sous le tître  In Zeiten des abnehmenden Lichts qui lui a valu d’emblée le Deutscher Buchpreis 2011, l’équivalent de notre prix Goncourt.

C’est un roman très autobiographique qui racontera l’ascension et le déclin d’une famille russo-allemande de la RDA, fervente communiste, entre les années 50 à nos jours. A tître anecdotique il paraît que Günther Grass aurait laissé tomber sa pipe d’ébaubissement après la lecture de cette saga, ceci rapporté dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung !

C’est un bon livre, étonnant, bien qu’il m’ait posé quelques problèmes de lecture avec les incessants flash- backs et ce, malgré l’arbre généalogique en exergue du livre, qui aide un peu quand même; ce livre est écrit un peu comme un scénario de film. Merci à Marie Annick B. pour ce prêt.

C’est l’histoire de quatre générations avec trois personnages féminins très forts et trois personnages masculins aussi très forts qui vont parfaitement équilibrer le récit. Par moments l’histoire est très cocasse et l’on rit de bon coeur de leurs déboires; cela détend un peu l’atmosphère du roman. C’est très plaisant. A noter que l’écrivain ne va pas jusqu’au fond des choses, ni du vécu des personnages, mais il esquisse les choses, il nous donne quelques lumières et peut être que lui même n’a pas su le fond des choses; cela est possible.

La première génération est celle de Wilhem et de Charlotte, génération stalinienne et communiste sans aucun esprit critique. Ils reviennent d’un  exil au Mexique en 1952 pour participer à la construction de l’État socialiste. L’un de ses amis au Mexique (amant de Charlotte), lui dira que le communisme est comme la croyance des anciens aztèques: il est assoiffé de sang; Charlotte prendra ses jambes à son cou et partira en courant.   Charlotte est une originale assez extravertie, limite loufoque. Ils vont vivre très vieux tous les deux et finiront couverts de gloire, mais complètement givrés. La paranoia de Wilhem était telle , qu’il avait fait obscurcir les fenêtres du couloir du haut de sa maison pour que les voisins ne puissent pas l’espionner quand il allait se coucher(=la maladie de l »espionnite des pays de l’est. Ndlr).

La deuxième génération est celle des frères Werner et Kurt, les deux fils de Charlotte d’un précédent mariage. De Werner nous saurons peu de chose, quant à Kurt, revenu de Sibérie et qui a vécu la Russie stalinienne, a passé des années dans les camps de rééducation ce qui ne l’empêchera pas de devenir un Professeur d’Université et apparatchik du régime; il épousera une russe , Irina qui fut gradée dans l’armée. Ils auront un fils Alexandre. Cette génération est celle des intellectuels qui auront fait des études et se montreront critiques du communisme. Irina est russe jusqu’au bout des ongles, elle aura du mal à assimiler la RDA et restera assez folklorique. C’est la vraie slave , généreuse et dévouée pour les siens qui passera des heures à la cuisine en train de leur concocter de bons plats russes. Elle fera venir sa mère de Slava, Nadedja Ivanovna qui sentait la naphtaline et le parfum russe -un mélange digne d’un laboratoire de munitions- et qui est une vraie russe analphabète arrivée du fin fond de la toundra , mais tellement chaleureuse et attachante avec une personnalité inoubliable, très « nature ». Kurt écrit des livres et Irina travaille, ils ont une vie assez confortable. Irina finira alcoolique et Kurt sera atteint aussi de démence.

La troisième génération est celle de la chute du mur de Berlin, elle est déboussolée, situe mal ses valeurs, elle est perdue. Alexandre est le fils de Kurt et Irina, il va se marier avec une jeune femme qui lui donnera un fils, Markus, qui est en rupture avec la société et ses parents qui vont très vite divorcer. Il touchera à la drogue et au trafic de drogue, il va à la dérive sans que les parents aient la moindre influence sur lui. Alexandre passera à l’Ouest au grand dam de sa famille qui se sentira trahie, il sera atteint d’une grave maladie incurable.

Un bon livre avec des personnages qu’on n’oubliera pas et destin tragique de cette famille à l’unisson de ce que fut la RDA: elle va finir en quenouille. Quelqu’un disait qu’une famille se définit par ses tabous, peut être que cette famille avait trop de tabous…

Ci-après un lien pour entendre Eugen Ruge parler de son livre en anglais:

http://www.babelio.com/auteur/Eugen-Ruge/204379

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