Arrive un vagabond de Robert Goolrick

Ecrivain américain venu tardivement à la littérature pour devenir un grand dès le départ. Dernier livre  de Goolrick avec son tître en anglais Heading out for wonderful; c’est son troisième livre. Il a reçu dès le 23 août 2012, le Prix Lire-Virgin Mégastore. Et un grand merci à Guillaume L. pour ce prêt.

Ce livre a pour exergue une chanson de Bruce Springsteen  » Tout souvenir est une fiction, gardez bien cela a l’esprit ». Il est écrit comme une tragédie grecque, avec une tension qui va crescendo et un dénouement final insoutenable.

Charlie Beale, 40 ans, arrive de nulle part dans un bled de Virginie, Brownsburg, muni seulement de deux valises: l’une remplie de couteaux de boucher (son métier), l’autre remplie de billets de banque.

On ne sait rien sur cet homme, on ne sait pas d’où il vient, d’où il tire cet argent, mais on sait très vite ce qu’il veut. Il veut s’établir dans Brownsburg, ville paisible, mais conservatrice qui ne connaît pas le crime et s’intégrer en achetant à tout va de la terre devenant ainsi,  peu à peu,  le propiétaire foncier le plus important du coin.

Pour son malheur, il va croiser une femme, Sylvan Glass, la femme de l’homme le plus riche de cette contrée, un dénommé Boaty Glass et il deviendra éperdument amoureux de cette femme. Cette femme est une péquenaude du coin qui a été achetée par Glass et qui s’est faite toute seule en apprenant à parler en écoutant les gens à la radio et s’habillant selon les photos des vedettes de Hollywood de l’époque. La seule passion de cette femme est le cinéma, son modèle et son monde. Quant à Charlie, il tombera amoureux deux fois: de cette femme et de cette ville paisible de Virginie

Lorsque Glass apprendra que sa femme l’a trompé avec Charlie Beale, il commencera à la battre et accusera Beale de viol sur sa femme.

Or Charlie Beale travaille avec le seul boucher du patelin.  Le fil du boucher, Sam, 5 ans, sera le seul témoin des amours de Mme Glass avec Beale jusqu’au dénouement final. Ils étaient très proches avec Charlie et pour la première fois, Sam apprît qu’on ne disait pas tout ce qui nous passait par la tête, que la plupart de ces idées-là restaient sous silence, et qu’on continuait à s’en inquiéter ou à s’en émerveiller dans la solitude.

Charlie gardera jusqu’à la fin son mystère, on sait seulement qu’il est bon.

Le cadre du roman est la Virginie rurale, les personnages sont assez rustres, attachés viscéralement à leurs terres ayant des vies extrêmement réglées. Une des règles incontournables est d’assister à l’office du dimanche, le seul endroit où les gens se reconnaissent entre eux et se sentent un peu en confiance. Il faut comprendre que dans un pays immense et hétéroclite comme les Etats Unis, le rôle de l’église est vital car c’est le nerf de la vie communautaire, et in fine,  de la vie sociale. Les gens n’existent pas en dehors de cette appartenance qui les réunit chaque dimanche autour de leur pasteur. La règle d’or est celle-ci: conformisme/ puritanisme.

Dès les premières lignes une tension s’installe, comme un orage qui se prépare. C’est un roman dur, cruel, sauvage. Robert Goolrick a voulu à nouveau montrer cette quête du bonheur coûte que coûte, ainsi que nous l’avions ressenti dans son roman précédent – Féroces- où il avait guetté toute sa vie l’amour auprès de parents egoïstes et désaxés.

Avec une sensibilité extraordinaire et beaucoup de subtilité, il dépeint les sentiments, les apparences trompeuses, l’intégration d’un étranger dans une petite ville, les carcans de la religion, l’aspiration à la sérénité  à l’amitié, les non-dits, la solidarité, la trahison, la manipulation, l’enfance blessée par des adultes fragiles et instables. Ce livre je ne l’ai pas lu, je l’ai ressenti.

L’enfance est l’endroit le plus dangereux qui soit, personne n’en sort indemne dit Robert Goolrich, et il en sait quelque chose. L’univers littéraire de Goolrich est d’une  noirceur qui fait mal. Il sait prendre le lecteur à contre pied. Il nous parle de la bonté, la seule chose qui compte et qui restera après nous, après notre départ. L’amour est une rédemption possible, mais il répare et tue dans le même mouvement, on ne sait jamais qui l’emportera, si la pulsion de vie ou la pulsion de mort.

ARRIVE UN VAGABOND, Editions Anne Carrière 2012, ISBN  978-2-8433-7681-8

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