Les charbonniers de la mort de Pierre Magnan

Pierre Magnan est peu connu du grand public, né à Manosque en 1922 et décédé en avril de cette année; il n’a jamais quitté les Basses Alpes, son berceau ( qu’on appelle Alpes-de-Haute Provence depuis 1970).

Après avoir exercé comme typographe, il a commencé à écrire tôt, mais à publier tard : à 56 ans avec Le sang des Atrides en 1978 qui lui valut le Prix du Quai des Orfèvres. Il nous a laissé plus de trente ouvrages, situés invariablement dans les Basses-Alpes, et qui frappent par leur panthéisme mystérieux. Magnan est un poète qui sait percevoir la symphonie du monde et la restituer dans une langue remarquable, en phase avec la nature; il disait: la vue de la nature console de tout. Son ouvrage le plus célèbre est  La maison assassinée, Prix Mystère de la Critique 1985, porté à l’écran par Georges Lautner en 1988.

D’autres livres de Pierre Magnan, auteur que j’affectionne particulièrement par sa faconde provençale, ont été publiés dans ce blog : Le tombeau d’Hélios en novembre 2012, Le sang des Atrides en janvier 2013 et Laure du bout du monde en avril 2013. Un pur régal.

Ce livre se passe en 1910 et nous décrit assez bien ces contrées provençales avec la limite très marquée entre les notables et le monde rural. La zone frontalière  de ce département avec l’Italie fait que les piémontais étaient très nombreux dans cette région, ils parlent un patois fait de langue provençale et d’italien du Piémont.

Il est vrai que ce roman policier sort des sentiers battus: d’abord, il est écrit dans un langage très provençal, très riche et imagé, avec une description somptueuse des paysages et des lieux. Presque tout le roman se passe à Lure; mais Forcalquier est aussi très présent. La montagne dans ce pays est un amas de pierres plates à perte de vue, c’est aussi le royaume du champignon. « L’humus et les eaux coulent entre ces cailloux comme à travers une passoire pour se rejoindre, inutiles, à cinq cent mètres de profondeur, au fond des avens. Sur les tranches aiguisées de ces dalles instables, on usait en trois mois une paire de chaussures. Seuls y croissaient à l’aise les chênes pubescents . Boursouflés, torturés de chancres et de noeuds, courbés vers le sol par le vent dominant, ils moutonnaient vers les sommets nus,  comme des suppliants à genoux. »(pg 14)

Pierre Magnan à le verbe aussi riche que Giono, autre enfant du pays.

La trame du roman est assez scabreuse et parfois le récit assez cru : les notables du pays se fréquentent entr’ eux, ce qui est habituel, mais pour agrémenter les soirées ils se font préparer une poudre à base de cantharide ( principe actif extrait d’un insecte, le Telephora vesicans splendens qui vit dans des troncs morts, afin d’exacerber leur performances sexuelles) ce qui va amener des conséquences néfastes avec plusieurs morts par empoisonnement par abus de la dite poudre. Puis , au fil du temps d’autres morts suivront au sein de la population des charbonniers , tous périront par cette poudre de cantharide. Ceci va mettre la population de Lure en état de panique avec comme conséquence le départ en masse des piémontais qui retournent en Italie.

C’est un récit anthropologique qui laisse le souvenir de ce que fut le Département des Basses Alpes vers 1900 car depuis l’éxode rural, toute cette tranche de population a disparu. Aujourd’hui ce département est l’un des moins peuplés de France avec une forte majorité de résidences secondaires.

Un téléfilm de FR3 réalisé par Véronique Langlois a été diffusé le 28/02/15 sur cette chaîne. Il a été filmé en juin 2014 à Digne avec encore l’ineffable Victor Lanoux (78 ans) dans le rôle du commissaire Laviolette. L’intrigue se passe à Digne en 1963 et l’image est somptueuse avec des dialogues savoureux; un Victor Lanoux ralenti mais ô combien déductif et psychologue et des personnages secondaires truculents de vérité comme le gendarme Joubert (Luc Palun)  et l’intendante du commissaire, Solange (Annie Grégorio).

VILLE DE DIGNE

LES CHARBONNIERS DE LA MORT, Folio N° 1906 (Arthème Fayard 1982), ISBN 2-07-037906-X

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s