Le sel de la vie de Françoise Héritier

Fanfan, je te remercie pour ce petit livre si inspiré et permets-moi de t’appeler Fanfan, car si je t’appelle Françoise, les gens croiront que je m’adresse à Mme Héritier…Et je mets en exergue une phrase  qu’elle aime bien: n’avoir jamais honte d’être soi, objectif qu’elle a mis longtemps à atteindre, humaine créature qu’elle est.

Françoise Héritier est une féministe connue, anthropologue et ethnologue française, née en 1933, élève de Claude Lévi-Strauss à qui elle a succédé au Collège de France. C’est une des premières femmes à avoir réussi à rentrer au Collège de France , ainsi que Jacqueline de Romilly. C’est une des personnalités à l’origine de la création de la chaîne de télévision ARTE. Elle a reçu en mai dernier le prix Simone Veil 2012 pour cet ouvrage, prix couronnant des femmes de lettres (  ex-aequo avec Dominique Bona pour son livre sur les 2 filles du peintre Henry Lerolle).

Cette femme de culture a voulu se faire plaisir et nous initier à apprécier le petit plus qui nous est donné à tous , à chaque instant parfois, sans le savoir:  ces riens fugaces et pleins de poésie qui jalonnent nos journées et qui ensoleillent nos souvenirs et qui vont constituer un petit chapelet : le sel de la vie.

L’inspiration lui est venue lorsque elle a reçu une carte postale du lieu de vacances du Professeur qui la soigne depuis longtemps en disant qu’il s’excusait pour » le temps volé aux vacances », je pense sincèrement qu’il ne volait rien du tout car les gens très occupés et dévoués à une cause, vivent de façon accélérée et sont capables de vivre bien plus de choses que le commun des mortels, tout simplement parce qu’ils sont autrement plus organisés.

Françoise Héritier considère que ce petit ouvrage de  à peine  87  pages , est « sérieux », et elle a raison, parce qu’en peu de mots, les images d’une vie entière défilent dans la tête via les souvenirs, comme si nous regardions un film en accéléré, et ces souvenirs passent par les sens. Comment fonctionnent les souvenirs?  Par l’appétence, par l’envie que nous avons de quelque chose. Nous sommes des êtres de goût. Le sel de la vie est le souvenir de ce petit quelque chose qui fut peut-être fugace, mais intense, c’est aussi la mémoire sensuelle du corps. C’est aussi une façon d’être au monde dans la bienveillance ( les autres, le soi). Et comme écrivait justement Epictète, c’est la manière de se distancer de l’évènement, d’être capable de le ressentir, de l’éprouver.

Ce petit livre se présente comme un essai épistolaire que l’auteure adresse probablement à son thérapeute et ami, il est constitué de 14 lettres (?),à quatorze dates différentes et la succession de plus de 913 petits riens qui pourraient constituer le sel de la vie de n’importe quel d’entre nous. Je les ai contés et j’ai pu me tromper dans l’exactitude, mais ce sont 913 à peu près…

Voici, sélectionnés de façon outrageusement personnelle et arbitraire mes préferés :… les fous rires, la recherche d’odeurs ou de saveurs, mettre un beau couvert, ruminer autour d’une idée, le moment ou l’on sait qu’on plaît ( ou on vous regarde et on vous écoute),  faire la grasse matinée, écouter religieusement Mozart, prendre son temps pour choisir un rien, marcher d’un bon pas, sentir le poids de son corps recru de fatigue dans son lit, être reçu à un examen, se sentir plein d’allant, d’enthousiasme, de passion, se moquer des convenances, avoir des élans de coeur, se délecter en secret d’une idée ou d’un projet ou d’un souvenir, avoir des secrets, réussir une réussite, utiliser des mots justes qui surprennent, n’avoir jamais honte d’être soi, tourner en bouche des mots bizarres, prendre une bonne douche, se faire masser la tête, partir en voyage, faire des mots croisés difficiles, succomber à la tentation gourmande, avoir conscience du caractère fugace des choses et de la necéssité d’en profiter, maîtriser sa paresse et sa peur du changement, se taire et ne parler qu’à bon escient, ne pas se croire obligé de faire comme tout le monde, se coucher dans des draps fraîchement changés, se sentir bien même fugitivement dans son corps et dans sa tête, ouvrir une lettre le coeur battant, assurer ses détestations, passer une nuit blanche pour finir un roman, passer une nuit blanche auprès de son enfant, entendre un tout petit air de Mozart qui nous vrille le coeur à chaque fois, découvrir de nouveaux mots, s’injurier mentalement pour sa pusillanimité, sa paresse, ses hésitations et incertitudes, son manque d’esprit de suite, sa suceptibilité, sa lenteur, sa gourmandise, sa tendance à reporter au lendemain, exulter sécrètement quand quelque chose se passe comme on l’avait prévu…

Ouf, tout cela, rien que pour moi et qui doit me portraiturer assez pour ceux qui me connaissent un peu. MAIS… pour moi avant tout, le sel de la vie, a été, est et sera, lire un bon livre !

LE SEL DE LA VIE, Éditions Odile Jacob 2012,  ISBN  978-2-7381-2754-9

Une réflexion sur “Le sel de la vie de Françoise Héritier

  1. Chère Lollie,
    Mon amie, je suis bien heureuse que ce petit livre te plaise, ça ne pouvait pas ne pas te plaire!
    Je profite depuis longtemps des sels de ma vie, petits ou grands, et sais les reconnaître et en profiter. Puisse tout un chacun prendre conscience du sel de la vie.
    Je te remercie infiniment de ta dédicace

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