Les pièges du crépuscule de Frank Tallis

https://i0.wp.com/www.seduction.net/immagini/517.gifCet auteur de romans policiers m’a été chaudement recommandé par mon ami Alberto S. Il est résolument conquis par la série Les carnets de Max Liebermann avec 6 tomes parus pour le moment. Celui-ci est le quatrième, avec comme titre original,  Darkness rising et il évoque la montée du national-socialisme dans l’inconscient collectif  à Vienne au début du siècle dernier.

Frank Tallis est un psychologue clinicien britannique, spécialiste des troubles obsessionnels  et écrivain de romans policiers. Frank Tallis enseigne au King’s College et à l’Institut Psychiatrique de Londres. Il a reçu le Writer’s Award de l’Académie des arts de GB en 1999 suivi du London Writer’s Award en 2000. Ses romans mettent en scène l’inspecteur Oskar Rheinhardt de la police viennoise, aidé par son ami psychiatre Max Liebermann, élève de Freud, le tout dans le cadre de la Vienne impériale du début du siècle ce qui permet de découvrir l’ambiance de la capitale de l’Empire austro-hongrois.

Ce quatrième tome a pour sujet la montée de l’anti-sémitisme dans la Vienne de 1903. Au sein de l’Hôpital général où Max Liebermann exerce comme psychiatre, on l’accuse de s’être opposé à l’administration des derniers sacrements chrétiens à un de ses patients en train de mourir de syphilis tertiaire. Or Liebermann est juif, bien que  libéral et non pratiquant, mais il règne alors une persécution plus ou moins larvée contre tous les juifs intellectuels, très nombreux dans les professions libérales. En même temps, la communauté juive se sentant menacée, elle va exacerber cette insécurité en faisant appel à des croyances ancestrales du peuple juif, comme celle du golem pour perpétrer des assassinats dans la population anti-sémite, mais aussi dans la population sémite.

J’avais une attente importante pour ce livre : le fait d’être écrit par un psychologue me faisait entrevoir des points de vue intéressants sur l’âme humaine. Il n’en fut rien : beaucoup de passages explicatifs sur la psychopathologie ne m’apprenant rien de nouveau avec des personnages plutôt stéréotypés,  sans véritable profondeur humaine. On aperçoit au fil du récit des personnages bien réels tels que le Professeur Freud réduit à une humaine quotidienneté, Arthur Schnitzler, écrivain à succès mais controversé. C’est la toile de fond de Vienne 1903 qui est intéressante avec ses cafés, la surabondance des pâtisseries viennoises qui ne donnent pas précisement dans le genre léger, les rites immuables de cette société viennoise des Habsbourg tellement mélomane. Quelques passages banals, dont le texte est truffé comme suit (…) la psychanalyse nous apprend que nous éprouvons du ressentiment envers une personne a qui nous devons quelque chose( pg 221)…en principe l’intimité d’un couple se renforce jusqu’au moment où la nature érotique de leur attirance mutuelle devient explicite: pourtant, si cette période s’éternise, la relation s’oriente plus vers une amitié que vers une histoire d’amour naissante. Chacun éprouve alors quelque difficulté à ne pas voir en l’autre un simple ami (…)

Dans une Vienne de 1903, le récit me  rappelle  celui d L’aliéniste de Caleb Carr qui se passe à New York presque à la même époque, 1896, autre polar riche au niveau historique et intéressant au niveau scientifique, avec un contexte social bien dépeint et un portrait de société bien documenté mais ayant aussi un rythme lent et pesant.

J’ai trouvé une excellente blague dans ce contexte d’immersion yiddish, je vous la donne:  un prêtre et un rabbin sont dans un train. Le prêtre se tourne vers le rabbin et lui demande : »Est-ce que votre foi vous interdit toujours de manger du porc? » Le rabbin répond que c’est exact. Alors le prêtre lui demande : » Vous n’avez jamais mangé de porc? » Le rabbin dit : » Il m’est arrivé une fois de succomber à la tentation, je l’avoue, et de manger du porc. » Le prêtre se plonge dans son livre. Un instant plus tard, le rabbin reprend la parole : « Mon père, est-ce que votre foi exige toujours le célibat? » Le prêtre répond : »Oui, tout à fait. » Alors le rabbin lui demande : » Mon père, avez -vous jamais succombé à la tentation? » et le prêtre répond : » Oui, rabbi, il m’est arrivé d’être faible et de succomber à la tentation. » Le rabbin hoche la tête, réflechit un instant et dit : » C’est bien meilleur que le porc, pas vrai? ».

Désolée Alberto, je ne suis pas conquise par ce premier tome ( pour moi) que j’ai trouvé un peu lourd , très  » teuton ». Ce qui m’étonne c’est le fait qu’il ait été écrit par un anglais, dont le style est en général plus soft, sans tomber dans la légèreté à la française. Maintenant, je pense comprendre ton engouement : Vienne, Prague. Noblesse oblige, hein ?

LES PIEGES DU CREPUSCULE,  10/18 Grands Détectives 2009,  ISBN  978-2-264-04803-5

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s