Intrigue à Venise de Adrien Goetz

Afficher l'image d'origineAdrien Goetz est né en 1966 à Caen; après une prépa littéraire à Louis -le-Grand, il intègre la rue d’ Ulm et sort agrégé d’ histoire ; puis il  prépare une thèse de doctorat en Histoire de l’ Art  sur la période romantique . Aujourd’hui il  enseigne, il est maître de conférence sur l’ Histoire de l’Art à Paris-Sorbonne.

C’est donc un écrivain atypique. Il a déjà reçu quelques prix dont le Prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son oeuvre en 2007. Intrigue à Venise est le troisième volet des aventures de Pénélope Breuil, jeune trentenaire, pétillante et ambitieuse,  conservatrice de musée à Versailles. Ce troisième volet  suit Intrigue à l’ anglaise et Intrigue à Versailles. Pénélope  est assistée par son fiancé, le journaliste Wandrille, autre personnage stéreotypé, excentrique.

Ce livre je l’ai acheté alléchée par le nom de Venise afin d’enrichir ma  collection de livres sur la Sérénissime. Je n’ai pas été déçue par cet achat, mais plutôt comblée et ravie.  Le livre est un abrégé d’informations sur Venise. On croit tout connaitre sur cette ville , mais  elle nous réserve encore beaucoup de surprises et de découvertes. Dans ce livre réalité et fiction sont si savamment mêlées que je me suis surprise à chercher dans Wikipedia des informations sur des personnages fictifs fruits de l’imagination de l’auteur. Il y règne aussi une érudition joyeuse, une moquerie gentille, des sous-entendus tous azimuts. Cela donne deux niveaux de lecture: la lecture de un pol-Art ( nouveau genre ) et d’un bouquin à clefs :  à bon entendeur Salut !

L’intrigue policière m’a paru emberlificotée et peu vraisemblable, mais délicieusement assaisonnée d’Histoire, peinture, rites des vénitiens pure souche, de muséologie, de références au Bal du Siècle de Beistegui en 1951, de références au Club très fermé d’écrivains de Venise, de lieux touristiques, de références à d’autres écrivains et même, cerise sur le gâteau, de recettes comme celle du Spritz, apéritif très prisé par les vénitiens (pg 138 ).

Faire un résumé de l’intrigue ? Difficile car elle est trop riche et il faut laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte !,  grosso modo la sémillante Pénélope Breuil découvre par hasard que un probable tableau de Rembrandt méconnu du monde de l’Art, est à Venise. Il existe une véritable cabale pour s ‘approprier ce tableau et ses secrets, allant jusqu’aux meurtres. Ceci donne prétexte à moult aventures et péripéties dans Venise, mais aussi à Paris, Munich, Rome et autres lieux comme l’île de Stromboli. Le livre nous fait pénétrer dans les arcanes du Louvre, de l’ Académie Française, du monde de la peinture et du patrimoine, de la restauration de tableaux, de la Villa  Médicis, du Club très fermé d’ écrivains de Venise ( qui sent la Loge maçonnique à plein pot… ) et j’en passe. Ceci narré dans un style vif et enjoué, riche en calembours et clés pour les initiés ( et même pour les néophytes), plein d’ esprit et de morgue gentille et distinguée. Bref , de quoi passer un très bon moment en se marrant franchement à certains passages. Les personnages sont parfois peu crédibles, trop loufoques, mais ils ne servent que de faire valoir à d’autres choses bien plus intéressantes.

Certains passages sont  drôles. J’ai retrouvé dans ce livre, au moins deux fois, l’allusion à Venise comme étant le soir un salon à ciel ouvert…(si j’avais le temps je réviserai mes livres sur Venise pour le retrouver, mais cela m’est difficile). Il y a aussi un passage délicieux où Goetz écrit que Venise est le calvaire des amoureux, car l’architecture de la ville est faite pour les disputes; seuls certains couples aveuglés par la passion, résistent à la topographie. La ville est une torture quand on s’y perd à deux. D’où l’ idée d’en faire la capitale des voyages de noces, seule manière de sauvegarder cet urbanisme absurde ( pg 21). Il écrit aussi que c’est la seule ville au monde où on a remplacé les rues par des égouts à ciel ouvert, et cela plaît ! ( pg 78 ). Adrien Goetz non seulement  règle son sort à pas mal de clichés sur Venise et les métiers de l’ Art, mais aussi il écrit sa pensée sur le sport :…alors que les vraies valeurs du sport, aujourd’hui, c’est l’amour de l’argent, la compétition mesquine, l’esprit de clocher, les hooligans, les dopés, les drogués, c’est l’école de la triche et du pas-vu-pas-pris, ça apprend la haine de l’autre et le narcissisme, les logos et les sponsors, l’idée que les plus forts piétinent les faibles. Se dépasser, aller plus haut, être plus rapide, plus grand ! L’ olympisme a conduit aux JO de Berlin, aux statues du stade de Rome de Mussolini, elles sont toujours là, le stade sert encore. Le sport cristallise tout ce qu’il y a de plus bas chez l’homme. ( Bah, du temps de l’Empire romain ce n’était guère mieux avec leur Panem et circenses ! de la plèbe ).

Voici un lien pour écouter le docte Goetz parler avec grâce de son livre dans l’ émission matinale de Stéphane Bern, datant de mai 2012 :

e.com/watch?v=PEokOMH0_hM

INTRIGUE A VENISE , Grasset & Fasquelle 2012,   ISBN  978-2-246-77971-1

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