La mort s’invite à Pemberley de P.D. James

Phyllis Dorothy James, plus connue comme P.D. James est un écrivain anglais, auteur-culte de romans policiers. Elle est née à Oxford en 1920. Elle n’a pas eu une vie facile, mais elle s’est formée avec ténacité,  grâce à quoi elle a fait une carrière brillante. Aujourd’hui elle est membre de la Chambre des Lords. Elle a été anoblie baronne par la Reine en 1990.  Congratulations  Mrs.  James !

Son premier essai en 1962 fut un coup de maître : A visage découvert (Cover her face );   puis ce sera Meurtres en blouse blanche ( Shroud for a Nightingale ) en 1971 qui établira définitivement sa réputation.

Elle reçut en France le prix de littérature policière étrangère en 1988 avec Un certain goût pour la mort  (A taste for death ).

 J’ai lu beaucoup de ses livres et avec plaisir car ils constituent une vraie détente sans angoisse excessive et ils sont toujours bien construits.

 Ce livre a attiré mon attention et ma curiosité par l’idée originale qui en était le sujet: écrire une suite au livre de Jane Austen Orgueil et préjugés. Jane Austen est une référence incontournable pour tout écrivain de langue anglaise et  je dois dire que chaque fois que j’entame la lecture d’un auteur anglo-saxon, je me pose la question de savoir à quel moment de la lecture va surgir la référence à J. Austen et cette référence, on la retrouve presque toujours  dans le texte. Je conseillerais de lire les livres de Jane Austen les uns après les autres en respectant un certain délai entr’eux car ils se ressemblent tous.  Il vaut mieux distiller et faire durer son plaisir de lire d’autant que la romancière a laissé peu  d’oeuvres.

J’ adore tous les livres de J. Austen que je me promets de relire et chaque relecture apporte une vue nouvelle sur l’ensemble. Ils font preuve d’une grande finesse psychologique, de  modernité, de lucidité dans l’analyse du comportement humain, d’ ironie et d’un humour décalé. Chaque fois, je reste pantoise, épatée. Elle met en évidence la dépendance de la femme à l’égard du mariage pour obtenir un statut social. Et lorsque je pense que cette femme , morte si jeune, célibataire, fille de pasteur, d’un milieu modeste, et qui peut-être n’a pas connu l’amour… ( nous sommes au XVIIIème  siècle…), là, franchement, je suis très admirative de sa perspicacité.

 Le livre de Mme James ne donne pas dans la finesse de l’expression écrite de Mme Austen, loin de là , mais la façon d’ écrire est assez proche de celle employée pas Miss Austen et on ne s’ennuie pas, bien que le rythme soit un peu lent et que le récit soit alourdi par beaucoup de passages juridiques.

Il faut rappeler le sujet de Orgueil et préjugés, considéré comme le chef-d’oeuvre d’ Austen, roman drôle et romanesque, avec des personnages bien campés, avec une intrigue bien construite et prenante, avec des rebondissements nombreux et de l’humour : ce sont les aventures sentimentales des cinq filles Bennet, cinq filles à marier et qu’il convient de bien marier car des dispositions testamentaires font qu’elles perdront le domaine patrimonial qui doit aller à un héritier mâle.   J. Austen montre comme chacun apprend grâce à l’autre, à mieux se connaitre et à vaincre son orgueil et ses préjugés. La premiere phrase du roman est très connue : « c’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune est forcément en quête d’une épouse »… A travers ces personnages se profile la satire d’une société hypocrite et étriquée où le rang, la richesse, l’apparence ont plus d’importance que les vraies valeurs morales.

Après moult péripéties, la fille cadette, Elizabeth Bennet épousera Mr Darcy, un riche héritier et deviendra la maîtresse incontestée du domaine de Pemberley:  la soeur aînée fera aussi un très beau mariage. La troisième soeur sera la honte de la famille et les deux dernières soeurs seront encore trop jeunes pour convoler. Une caractéristique des romans de Miss Austen est le happy end.

Dans le livre de  P.D. James, on reprend la vie heureuse de Elizabeth Darcy, mariée depuis quelques années et mère de deux délicieux petits garçons. Dans son chateau aura lieu un assassinat, l’assassinat d’un proche de la famille , et ce sera un ami d’enfance de Mr Darcy qui sera accusé du meurtre.  Ceci est pretexte pour faire le procès de  personnages déjà connus et de découvrir des turpitudes insoupçonnées chez les uns et les autres. Peinture sociale d’un certain milieu, celui de la gentry campagnarde avec ses loisirs, ses rites , ses devoirs aussi. Et un procès retentissant qui occupe presque tout le roman, le rendant un peu lourd, un peu fastidieux et finalement un peu long.

Un pied de nez à l’égard des français à la page 258, lisez :…la paix et la sécurité de l’Angleterre dépendent de l’existence de gentlemen vivant dans leurs demeures en bon propiétaires fonciers et en bons maîtres, attentionnés à l’égard de leurs domestiques, faisant la charité aux pauvres, et prêts, en qualité de juges de paix, à jouer un rôle actif en assurant la paix et l’ordre au sein de leurs communautés. Si les aristocrates français avaient mené pareille existence, il n’y aurait jamais eu de révolution ( l’histoire du livre se déroule en 1803 avec la guerre de Napoléon contre l’Angleterre en toile de fond).

Livre dont la composition est bien en deçà  d’un récit émanant de Miss Jane Austen.

Je vous recommande l’excellente adaptation des romans d’ Austen réalisé pour la BBC par Simon Langton, double DVD de six chapitres qui vous procurera 5 heures de plaisir intense, à voir et à revoir ( KOBA films ).

LA MORT S’ INVITE À PEMBERLEY,  Fayard 2011,   ISBN  978-2-213-66883-3

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