Seule Venise de Claudie Gallay

Claudie Gallay est née dans le Dauphiné ; elle écrit et exerce encore comme institutrice. Je l’ai découverte avec son roman «  Les déferlantes  »   (2008 ) dont  j’avais beaucoup aimé le ton, la façon de raconter les personnages, l’histoire en huis clos dans des lieux d’une beauté sauvage ( La Hague, le Cotentin ).

J’ai acheté  » Seule Venise  » attirée par C. Gallay et pour enrichir ma collection de livres  sur la Sérénissime, ville de  magie, ville d’inspiration.

Je dois dire que j’ai adoré  » Seule Venise »  car, bien que écrit dans un style minimaliste avec des phrases ultra courtes, le  texte  rentre comme un trépan dans le crâne et déclenche des sensations extraordinaires via des souvenirs .

Le thème du livre est triste : une rupture amoureuse à 40 ans et Venise au mois de décembre … Quelle idée d’aller se réfugier à Venise après un chagrin d’amour car Venise, comme Paris d’ailleurs,  est la ville des amoureux par excellence. Il y a tant et tant de choses à partager:  les détails des façades, les venelles et rios, les ponts, les palais, les églises.

Dans le roman,  la protagoniste va rencontrer un autre homme, un libraire avec qui une nouvelle histoire d’amour ne sera pas possible. Nouvelle déception. Il y a aussi l’histoire d’amour entre un prince russe et Tatiana.Venise agit comme un théâtre à ciel ouvert, cadre propice aux histoires sentimentales un peu en vitrine.

Roman  triste,  mais très imprégné de cette atmosphère de Venise l’hiver avec une lumière superbe. Je cite quelques passages évocateurs de la lagune…

É Venezia, l’inverno, l’acqua alta 

(…)...l’arrivée à la gare un jour d’hiver : soudain c’est là, brusquement, de part et d’autre du wagon, partout, à perte de vue. Une eau brune, maussade. La lagune. Sur la gauche, une île se détache. Quelques arbres avec du gravier autour. Une île fantôme. Une île comme une tombe. Au loin, derrière la brume, un pan de mur, quelques pierres roses, le campanile dressé d’une église. Des façades perdues, noyées, comme absorbées. Venise , l’opaque.

(…)   De l’eau, il en sort de partout. L’air sent la pierre mouillée, l’algue verte. Les dalles mouillées comme s’il avait plu. L’eau suinte entre les pierres, autour, partout. C’est l’acqua alta, ce qui reste des montées de la nuit. Il fait sombre, humide. Le rio passe juste derrière. J’entends un bateau, le bruit d’un bateau à moteur. Cela sent la brique, le plâtre à nu contre les murs, les traces de l’eau qui suinte.

(…)   Les premiers jours c’est toujours comme ça, on marche et on se perd. Après, on apprend. Venise, c’est un labyrinthe maudit.

(…)   Les salons du Florian. Banquettes de velours rouge. Petites tables en marbre blanc. Avec la vue sur San Marco et la table sous le chinois, la table de Proust et de Barrès, où ils parlaient des après midi entiers.

(…)   Pendant trois jours, j’arpente la ville, les églises. Les Tintoret  à la Scuola di San Rocco, les fresques du Titien, le musée de l’ Accademia. Je me mêle aux groupes. Je suis les guides. J’avale tout, les enluminures à la Bibliothèque nationale, les Giorgione, les Carpaccio. A la fin, c’est trop, tout se mélange.

(…)   Avec le printemps, l’eau deviendra brune, il suffit de quelques degrés. Le soleil fait briller la lagune, le noir des gondoles, le dôme de la Salute au loin. Autour, les palais, le rose délavé et le crépi ocre foncé, presque jaune des façades. La plus belle  saison pour Venise, c’est l’hiver, à cause de la lumière.

SEULE VENISE de Claudie Gallay, Collection Babel

ISBN 9-782742-755738

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s