La soeur de Sándor Márai

Sándor MáraiSándor Márai est l’un de mes écrivains préférés et  je l’ai connu par le bouche à oreille:   mon  ami Francisco m’en a parlé depuis le Chili, il y a déjà pas mal de temps. Il venait de terminer  «  Les braises  » , publié en espagnol sous le tître de  » El último encuentro  » (Ah,  les changements de titre d’une langue à une autre …) Ainsi,  j’ai découvert Márai et peu à peu, au fil des livres, j’ai approché son œuvre dont je dois dire qu’elle est fascinante.

Márai (1900-1989 ) était hongrois, né en Slovaquie, écrivain et journaliste, fils d’une famille aisée, marié à Ilona  (Lola ) Matzner qu’il rencontra à Berlin en 1923 au cours de ses études de Philosophie. Il va fuir son pays car il est antifasciste dans un pays qui est allié avec l’ Allemagne nazie   (sa femme avait des origines juives). Ensuite il sera condamné par les communistes comme un auteur bourgeois et ses livres seront pilonnés en place publique en 1948 ; il sera ignoré par les instances littéraires pendant toute la durée du communisme.

Il s’exile aux États Unis à partir de 1948 et il se donnera la mort en 1989 après le décès de sa femme  et de son fils adoptif, Janos.

Márai sera redécouvert quelques années après sa mort, vers 1990 et de façon spectaculaire par le biais des Éditions Albin Michel . Il sera reconnu comme l’un des GRANDS écrivains du XXème siècle, un maitre du roman psychologique, au même titre qu’un Stefan Zweig, un Arthur Schnitzler, un Joseph Roth, un Robert Musil. Il sera l’un des derniers représentants de la culture cosmopolite de la mittel-europa, emportée par la chute de l’Empire austro-hongrois.

Son style est clair et réaliste, il témoigne d’un monde finissant, observateur d’une Europe mythique, sur le point de s’éteindre. Très souvent ses livres sont la confrontation de deux personnages, il va très loin dans la pénétration psychologique, dans l’introspection, dans la réflexion.

Mon roman préféré restera «  Les braises« , écrit en 1942 car c’est le livre qui m’a fait découvrir le monde de Márai avec l’atmosphère très psychologique de ses romans où l’on trouve une confrontation magistrale entre deux personnages qui se retrouvent quarante ans après  s’être quittés et où tout est dit entre les lignes.

«  La sœur »  lui suivra en 1946 et ce sera le dernier roman  » hongrois  » de Márai.  C’est un roman contemplatif, profond, avec une réflexion sur le langage compliqué du corps,  sur la dépossession de l’âme par les drogues,  l’impuissance de l’artiste, l’amour, le don de soi et la générosité qui sauve. C’est un roman de lecture difficile, intense, par moments mystique, lyrique, oppressant et ô combien captivant. La traduction de Catherine Fay est excellente, brillante. Je l’avais déjà remarquée avec la traduction de  « Libération ».

Ce roman, «  La soeur « ,  est construit en deux parties : dans la première partie les personnages sont mis en scène, nous apprenons par la voix du narrateur que un grand pianiste hongrois, Z, est en convalescence dans un chalet isolé par les intempéries en Transsylvanie. Puis dans la seconde partie , Z , se dévoile à travers un journal et nous l’accompagnons pendant la traversée douloureuse d’une étrange maladie qui va lui paralyser les mains et va lui valoir une longue hospitalisation. En fait  Z « somatise » fortement ses douleurs de l’âme et il sortira un autre homme de cette épreuve.

Le titre tient aux nonnes qui le soignent dans cette clinique, particulièrement à une appelée Carissima qui l’approchera un peu plus au moment de son départ et qui commettra une erreur thérapeutique à la limite d’un acte manqué. Ces sœurs portent des noms étonnants et elles sont très tranchées : la belle Cherubina, Carissima la triste et malade, Matutina la solennelle et Dolorissa la grosse et rude. Ce sont les soeurs au sens le plus ancien du terme: les voeux par lesquels elles s’étaient consacrées au service de Dieu et des hommes, devaient être pour elles un véritable engagement, comme au temps jadis, quand une parole échangée entre Dieu et les hommes possédait une force suffisante pour transformer le monde.( pg 196)

Au hasard de la lecture , quelques paragraphes admirables comme lorsque Márai parle de Florence où Z arrive pour donner un concert ( pg 99)..« avant le concert, je longerais le bord de l’Arno, je me promènerais jusqu’à Cascine. Ou plutôt non, je traverserais le Ponte Vecchio,  j’irais voir le marché des argentiers, je saluerais la statue de maître Cellini…Non, en fait je me baladerais sur la Via Tuorbuoni, je boirais un vermouth chez Giacosa, je regarderais les belles de Florence et leurs fringants soupirants. Ce serait magnifique, je laisserais lentement Florence agir sur moi avec l’émerveillement intelligent d’un admirateur initié… » ( mais pas un mot sur l’éventuel syndrome de Stendhal, devant TANT de beauté !).

Lorsque Márai évoque l’ Amour, il le fait avec lyrisme :…« toute relation humaine secrète- l’amitié, l’amour et les liens singuliers qui se nouent entre des contraires qui se rencontrent et s’attachent- commence par un effleurement magique; par cette perception onirique qui ressemble au sentiment de réalité qu’on éprouve pendant un rêve: dans une foule, parmi des inconnus, un regard, une voix, vous touche, et c’est comme un vertige, comme si vous aviez déjà vécu cet instant, comme si vous saviez à l’avance tout ce qui va se produire, les paroles, les mouvements; c’est la réalité, impérieuse, fatale; en même temps, c’est un songe… »(pg 246)

Ce grand pianiste qui fut Z avait rencontré un succès prodigieux en se produisant à travers toute l’ Europe, et il avait interprété des morceaux admirables tels que la sonate Appassionata de Beethoven que je vous dédie, interprétée par feu le grand Maestro chilien Claudio Arrau ( 80 printemps dans cette video ! ) ci-après :

LA SOEUR, par  Sándor Márai  chez Albin Michel    ISBN  9 782226 238306

Une réflexion sur “La soeur de Sándor Márai

  1. Fantástico, un muy buen artículo sobre Sandor Marai, que además se enlaza con un vídeo del desaparecido gran maestro Claudio Arrau.

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