Proses apatrides de Julio Ramón Ribeyro

Julio Ramón Ribeyro est péruvien ( 1929-1994 );  il est consideré comme un des meilleurs conteurs latino-américains. Il a écrit aussi des romans, pièces de théâtre, journaux, aphorismes, essais. Il a fait partie de la Génération du 50. Par choix personnel , il a préféré s’éloigner du Boom latino-américain. Il reçut le Prix National de Littérature de son pays en 1983. C ‘était un personnage timide et peu assuré. Il a  vécu une dizaine d’années à Paris où il a été conseiller culturel à l’Ambassade du Pérou, mais aussi conseiller culturel et Ambassadeur Culturel du Pérou à l’ UNESCO. Il a été très apprécié par de grands littérateurs d’Amérique Latine tels que Julio Cortázar, Mario Vargas Llosa, Juan Rulfo.

Ce livre m’a été prêté par mon ami Gérard C. Cela aura été une découverte éblouissante. Grand merci.

Ce recueil en prose a été compilé pendant une trentaine d’années par l’ auteur et le titre vient du fait que, pour lui,  il manque à cette prose un territoire littéraire qui lui soit propre. Ce sont 200 paragraphes fragmentaires , assez courts , écrits sur une période de 30 ans,  de une acuité, d’une profondeur, d’une sensibilité presque douloureuses et très mélancoliques. Il se dégage une tristesse, une ironie vectrice d’intelligence,  un pessimisme existentiel qui laissent le coeur lacéré et l’âme à vif. On pourrait dire que ces textes fragmentaires  répandent 200 éclats d’un miroir que l’on aurait brisé. Julio Ramón Ribeyro se proclamait un hédoniste raté. Le titre de ce livre figure aujourd’hui sur l’ épitaphe de sa tombe.

Il faut remarquer la grande qualité apportée par le traducteur  : il s’agit de François Géal, Agrégé d’espagnol et Maître de conférences à l’ENS. Il restitue avec une si grande justesse l’émotion dégagée par le texte que je m’empresserai de lire ce livre en espagnol pour faire une comparaison en matière de sensibilité. Je suis presque sûre que le texte traduit sort embelli par le travail accompli par Monsieur Géal et  son atelier de traduction à l’ Ecole Normale Supérieure.

Il faut que je vous cite quelques fragments admirables :

21   Qu’il est facile de confondre culture et érudition !  En vérité, la culture ne dépend pas de l’accumulation de connaissances, même dans des domaines variés, mais de l’agencement de ces connaissances dans notre mémoire et de leur présence dans notre comportement. Les connaissances d’un homme cultivé peuvent ne pas être très nombreuses, mais elles sont toujours cohérentes, en harmonie, et surtout, en relation les unes avec les autres. Chez l’homme érudit, les connaissances semblent emmagasinées  dans des espaces cloisonnés. Chez l’homme cultivé, elles sont réparties conformément à un ordre intérieur qui rend possible leur échange et leur fructification. Ses lectures, ses expériences sont en fermentation et engendrent continuellement de nouvelles richesses, tel un compte à intérêt.  L’érudit,  comme l’avare, conserve son patrimoine dans un bas de laine où il n’y a de place que pour la rouille et la répétition. Dans le premier cas la connaissance engendre la connaissance. Dans le second, la connaissance s’ajoute à la connaissance.
 
31   Il ne faut pas exiger d’une personne plus d’une qualité à la fois. Si nous lui en trouvons une, nous devons déjà en être reconnaissants et ne la juger qu’en fonction de cette qualité, non de celles qui lui font défaut. Il est vain d’exiger d’une personne qu’elle soit en même temps sympathique et généreuse, intelligente et joyeuse, cultivée et soignée, ou encore belle et loyale.  Prenons d’elle ce qu’elle peut nous donner. Que cette qualité soit la voie privilégiée pour communiquer avec elle et nous enrichir.
 
36   Dans quelques années,  j’aurai atteint l’âge de mon père; quelques années plus tard, je dépasserai son âge, c’est- à-dire que je serai plus vieux que lui ; plus tard encore, je pourrai le considérer comme mon fils. En règle générale, tout fils finit par atteindre l’âge de son père ou par le dépasser : il devient alors le père de son père. Ce n’est que de cette façon qu’il pourra le juger avec l’indulgence que donne « ‘l’âge », qu’il pourra mieux le comprendre et lui pardonner tous ses défauts. Ce n’est que de cette façon, en outre, que l’on atteint la véritable majorité, celle qui nous débarrasse de toute oppression, même imaginaire, celle qui nous offre une liberté totale.

PROSES APATRIDES  Collection Finitude 2011  ISBN 978-2-912667-89-2

ADDENDUM

Relectura del texto de Ribeyro en español 4 días después…

Curiosamente la relectura en el idioma vernáculo no me ha provocado ni la más mínima emoción adicional, como si todo mi capital emocional se usó con la lectura en francés.  ¿ Será acaso que la fibra sensitiva hispánica se ha reducido a su mínima expresión ? ¿ será acaso que la traducción del Señor Géal sobrepasa la vena emocional del texto original ? No sé , pero el resultado está ahí, inapelable.

Es el mismo texto, dividido en dos partes, una primera parte reuniendo los textos más antiguos y la segunda los más recientes. Se trata de 200 párrafos en prosa, bastante cortos y precisos, bastante desencantados ,pero de una pertinencia casi clínica. Citaré algunos por el placer de darlos a conocer.

66    Mientras más conozco a las mujeres, más me asombran. Si no se produce alguna mutación en el género humano, estos hombrecillos que entre las piernas, en lugar de nuestro colgajo, tienen un surco, un estuche, seguirán siendo enigmáticos, caprichosos, tontos, geniales, ridículos, en fin, para decirlo en una palabra, maravillosos. ¿ Qué me atrae en ellas ? Al llegar a los cuarenta años uno se da cuenta de que más vale vivir en el comercio de las mujeres que de los hombres. Ellas son leales, atentas, se admiran fácilmente, son serviciales, sacrificadas y fieles. No rivalizan con nosotros en el terreno al menos en que los hombres rivalizan : la vanidad y el amor. Con ella sabemos a qué atenernos, o están con nosotros o están contra nosotros, pero nunca esas medias tintas, esos celos, esas fricciones que tenemos con nuestros pares. Además ellas son las únicas que nos ponen en contacto directo con la vida, tomada ésta en su sentido más inmediato y también más profundo : la compañía, la conjunción, el placer, la fecundación, la progenie.

75   …  ¿ Por qué nos aflije tanto la muerte de un niño ? ¿ No es acaso lo mismo morir a los ocho años que a los treinta o los cincuenta ? No, porque con los niños muere un proyecto, una posibilidad, mientras que con los adultos muere algo ya consumado. La muerte de un niño es un depilfarro de la naturaleza, la de un adulto el precio que se paga por un bien que se disfrutó.

145…       El amor, para existir, no requiere necesariamente del consentimiento, ni siquiera del conocimiento del ser amado. Podemos querer a una persona que nos desprecia o incluso que nos ignora. La amistad, en cambio, exige la reciprocidad, no se puede ser amigo de quien no es nuestro amigo. Amistad, sentimiento solidario, amor solitario. Superioridad de la amistad.

184  …      Uno escribe dos o tres libros y luego se pasa la vida respondiendo a preguntas y dando explicaciones sobre estos libros. Lo que prueba que a la gente le interesa tanto o más las opiniones del autor sobre sus libros que sus propios libros. Y en gran parte a causa de ello no escribe nuevos libros o sólo libros sobre sus libros. Para contrarrestar este peligro, tener presente que una  buena obra no tiene explicación, una mala obra no tiene excusa y una obra mediocre carece de todo interés. En consecuencia, los comentarios sobran.

PROSAS APÁTRIDAS   Seix Barral  Biblioteca Breve    ISBN 9 788432 212307

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