Journal d’un corps de Daniel Pennac

Voici du Pennac qui va faire du bruit : un livre qui ose s’ attaquer au sacro-saint de la physiologie du corps humain racontée par la littérature. Saluons au passage le courage d’un tel pari. Car c’est cette confrontation qui m’a alléché et  m’a fait acheter le livre.

Daniel Pennac invité du journal de France 3
J’ai été déçue par ce livre : trop scatologique, trop axé sur la fonction sexuelle. La fin, sur la sénescence, m’a intéressé davantage car hyper réaliste, juste. In fine, les deux périodes les plus douloureuses de la vie humaine seraient le début et la fin.

Quelques passages brillants dans le genre :... »Quant aux médecins, ceux d’ aujourd’hui, le corps, c’est bien simple, ils ne le touchent plus. Ils n’en ont, eux, que pour le puzzle cellulaire, le corps radiographié, échographié, scanné, analysé, le corps biologique, génétique, moléculaire, la fabrique d’ anticorps« … Beau procès à la conception actuelle de la médecine, qu’on veut rendre science exacte alors que elle est avant tout la pratique d’un Art, l’art de soigner  avec humanité si possible. Rappelez vous: Primum non nocere !

Il y a aussi la description désopilante de l’ ablation du polype nasal par le Docteur Bêk, digne d’ un bon gros gag de garde de porte. De belles lignes sur Venise, décrite par le sens de l’odorat. Original.

Une interrogation intéressante sur ces émanations du corps qui sont la silhouette, la démarche, la voix, le sourire, l’ écriture, la gestuelle, la mimique, seules traces laissées en nos mémoires par ceux que nous avons vraiment regardés ( 174 ).

Une citation sublime de Montaigne sur la mémoire (  in: Essais livre II )… »C’est un outil de merveilleux service que la mémoire…Et quand j’ai un propos de conséquence à tenir, s’il est de longue haleine, je suis réduit à cette misérable nécessité d’ apprendre par coeur mot à mot ce que j’ai à dire ; autrement je n’aurais ni façon ni assurance étant en crainte que ma mémoire vint à me faire un mauvais tour. Pour apprendre trois vers il me faut trois heures…Plus je m’en défie plus elle se trouble; elle me sert mieux par rencontre, il faut que je la sollicite nonchalamment: car si je la presse, elle s’étonne; et après qu’elle a commencé à chanceler, plus je la sonde plus elle s’empêtre et embarrasse; elle me sert à son heure, non pas à la mienne…Je feuillette les livres, je ne les étudie pas: ce qui m’en demeure c’est chose que je ne reconnais plus être d’autrui; c’est cela seulement de quoi mon jugement a fait son profit, les discours et les imaginations de quoi il s’est imbu, l’auteur, le lieu, les mots et autres circonstances, je les oubli incontinent ( 293).

Très bonne approche aussi au sujet du médecin, invité dîner en ville et qui est bombardé de questions relatives à la santé des convives. Pas une soirée où la moitié des invités ne quémandent diagnostics, thérapies, avis, recommandations pour eux-mêmes ou pour leur proches. Bien vu.

Sinon, j’avais adoré la Saga des Malaussène dans Belleville, d’une telle drôlerie , d’une telle fraîcheur dans le paysage littéraire de 1985!  Je crois que j’aurais adoré avoir un professeur de Français comme Daniel Pennac ( de son vrai nom Pennacchioni).

JOURNAL D’UN CORPS, Gallimard 2012,  ISBN 97862607601248565

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