Une matinée perdue de Gabriela Adamesteanu

    Cet écrivain d’origine roumaine m’a été recommandée  par mon amie Gabriela ( tiens ! une homonyme ) qui avait beaucoup apprécié ce livre. J’ai demandé à Gabriela comment elle était venue à cette lecture . Elle m’a expliqué  que c’ était une découverte fortuite et  que à la lecture de  la quatrième de couverture, elle s’est sentie intéressée.

Madame Adamesteanu est  une amoureuse de la langue française : elle a traduit Maupassant en roumain   ( Mazette ! , un géant des lettres françaises ! ) et  aussi  Hector Bianciotti, l’argentin  devenu académicien en 1996 (naturalisé français en 1981). Dommage que Madame Adamesteanu ne soit pas sa propre traductrice.

Quant à moi , j’ai voulu lire  ce livre pour deux raisons : la première étant que jusqu’à   aujourd’hui,  je n’avais lu AUCUN livre d’un auteur roumain et la deuxième raison est un voyage de dix jours que je ferai en Roumanie en mai prochain.  Ceci me semblait une excellente entrée en matière : l’abord d ‘un pays par sa  littérature.

Ce deuxième roman a valu à Mme Adamesteanu un succès certain en Roumanie et à l’étranger alors qu ‘elle a démarré tard en littérature car elle éprouvait un dégoût tenace pour une littérature asservie au réalisme-socialiste.

Je dois avouer que j’ ai failli abandonner la lecture plusieurs fois , car je m’ ennuyais un peu…mais  je me suis dite que ce serait une trahison envers Gabriela.

Le roman est divisé en quatre parties.

La première se situe pendant les années difficiles de la fin de l’ère communiste , période où tout va mal , sauf pour ceux qui font partie de la Nomenklatura. La bourgeoisie est au plus bas, malmenée , traquée,  spoliée. Mais le peuple est encore plus bas, il frôle la misère totale. Cette première partie oppose deux personnages:  la vieille Vica , personnage du peuple ,  digne et mal embouchée , grossière  , perspicace : elle médit , mais elle médit juste. L’autre partie est représentée par la bourgeoise Yvona, fille de l’ancienne patronne de Vica, femme incarnant une certaine décadence, éduquée, totalement anachronique dans l’ère communiste.

C’est la vie au quotidien , les histoires familiales et personnelles . Les contrastes entre les deux classes sociales sont savoureux : la bourgeoisie parle avec des phrases truffées de mots en français, anglais et allemand, vestige d’ une ouverture jadis à l’ouest, ce qui situe bien la Roumanie  dans la mittel-Europa. En revanche,  le peuple parle mal et a d’autres préoccupations que de paraître bien élevé car le peuple veut avant tout pouvoir manger à sa faim.

La deuxième partie du livre est un flash back  vers 1915 lorsque le pays ne savait pas s’il resterait neutre lors de la Grande Guerre où s’il prendrait parti avec les Alliés.

La troisième partie est la transcription du journal du mari de la maman d’ Yvona et raconte Bucarest sous les bombardements de 1916.

La dernière partie nous transporte à nouveau dans la Roumanie communiste.

En somme,  «  Une matinée perdue » est la métaphore d ‘une désillusion personnelle et collective, d’ une promesse non tenue, d ‘une vie gaspillée par les événements extérieurs. Un des personnages du livre, professeur universitaire, tient à un moment donné un discours qui me semble très dur:…« il fustige notre administration balkanique, notre désordre et notre retard séculaire, ce pays pourri qu’ est et que restera encore longtemps la Roumanie... » ( page 268).

UNE MATINÉE PERDUE, Gallimard 2005,  ISBN 978-20-707-72117

2 réflexions sur “Une matinée perdue de Gabriela Adamesteanu

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