Promenades avec les hommes d’Ann Beattie

Ann Beattie est une romancière et nouvelliste américaine (Washington D.C. 1947). Actuellement elle enseigne le « creative writing » à l’Université de Virginie où elle détient aussi la chaire Edgar Allan Poe en littérature.

Un bon ami m’a recommandé, depuis le Chili, le premier roman d’Anne Beattie de 1976 Chilly scenes of winter, mais je ne l’ai pas trouvé en bibliothèque. A la place j’ai trouvé celui-ci Promenades avec les hommes ( Walks with Men, 2010), et je me suis dite que ce serait l’occasion de faire connaissance avec l’écriture de cette américaine. De plus le format poche et les 100 pages étaient alléchants…et vogue la galère !

C’est un drôle de roman, sans queue ni tête. C’est l’histoire d’une nana de 22 ans, fraîchement émoulue d’Harvard (ceci classe déjà la nana au rang des nanas brillantes). Cette dernière va oser « cracher dans la soupe » et publier un livre sur les causes de la désillusion de sa génération (l’Amérique en crise, même avec les diplômés d’Harvard ? aïe,aïe, aïe). Cette incongruité lui vaudra une entrevue au New York Times, où elle fera la connaissance de Neil, un écrivain de 44 ans, séducteur patenté qui va lui proposer un marché.

Il s’occupera d’elle mais elle  doit faire en sorte que personne puisse remonter jusqu’à lui.

Ici on tombe d’un coup dans une bluette monumentale: une fille brillante qui se fait proposer un marché stupide par un pseudo-Pygmalion de pacotille en mal d’amours…De plus il ment comme un arracheur de dents. Et notre nana brillante? Elle marche…

Franchement c’est navrant. C’est plein de clichés : codes vestimentaires, mots à prononcer, mais surtout à ne pas prononcer [Mademoiselle, ne demandez pas un verre de vin, mais « un verre » car il n’est pas convenable d’annoncer ce que l’on va boire…]. Il y a aussi cette description de New York avec un nombre tellement élevé de frappadingues au mètre carré, que cela devient préoccupant, moi qui pensais que Paris battait des records…

Et cette nunuche qui se laisse faire…Est-ce que Harvard aurait abaissé le QI des étudiants ?

Et  » last but not least », le roman finit en queue de poisson laissant la lectrice ébaubie avec la question cruciale in petto: mais il racontait quoi ce roman, hein ?

PROMENADES,Collection Points N° 3148,  ISBN 978-2-7578-3461-9

Una de Elisa Serrana

Elisa Serrana es el nombre de pluma de Elisa Pérez Walker, una profesora, periodista y escritora chilena (Santiago 1930-2012) que perteneció a la Generación del 50. Utilizó el apellido de su marido, Horacio Serrano, para crear su nombre de pluma. Tuvo 5 hijas , una de las cuales es la exitosa escritora feminista chilena Marcela Serrano. Es sin lugar a dudas una escritora feminista que supo retratar muy bien a la mujer burguesa de su tiempo; existe una verdadera filiación con la temática entre la madre y la hija.

Algunas constantes en su obra son: mostrar un enfoque de género en la construcción de los mundos literarios; presentar la institución familiar como un centro productor de conflictos y caracterizar los personajes femeninos como habitantes de un espacio vital restringido. Elisa Serrana no intentó efectuar una crítica explícita a las instituciones patriarcales, sino más bien, poner en evidencia la necesidad de un cambio en las relaciones de género en la sociedad chilena. Del mismo modo, privilegió su atención en la mujer burguesa terrateniente, del mismo modo que su coetánea María Luisa Bombal.

Publiqué hace justo un año un billete sobre su novela Chilena, casada, sin profesión de 1963.(http://pasiondelalectura.wordpress.com/2013/12/10/chilena-casada-sin-profesion-de-elisa-serrana/)

Una es su novela mejor valorada por la crítica nacional, publicada en 1964. Estas dos novelas y una tercera aún por leer (A cuál de ellas quiere Usted) hacen parte de una re-edición  de la Editorial Andrés Bello en 2002.

Una es una novela de corte bastante moderno que relata en detalle la vida de una, es decir, de una bella mujer de clase alta que « escoge » un marido para salir de Chile y huír de las pequeñeces que constituyen el diario vivir de su clase. Esta nueva vida la hará pertenecer a la jet-set de la época entre Londres, Paris y New York en los años 20; una vida aparentemente fabulosa, pero que tiene sus lacras y no es tan fácil como parece.

Nuestra protagonista es Margot, una mujer que se sabe « linda », egotista, solo preocupada de su imágen y de rodearse  de cultura, pero una mujer con el ego enfermo lo que se traduce en un estado de histeria permanente. El contra punto de la bella e inaccesible Margot es su hermana Marie Louise, menor de dos años, la antítesis de Margot: gorda, madre de seis hijos, descuidada con su aspecto, pero feliz y con un marido fiel y apegado a ella. Margot juzga a su hermana y la compadece, pero al mismo tiempo envidia su felicidad « simple » y llana, sobre todo cuando los años pasarán y Margot comprendrá la soledad aterradora que la rodea.

La sociedad chilena  está crudamente retratada, sin concesiones y hay muy buenos « retratos » del  ambiente chileno holgado de la época. La crítica social de la Señora Serrana es bastante ácida ; su escritura me recuerda a  Elizabeth Subercaseaux, una escritora chilena contemporánea que escribe novelas tremendamente divertidas sobre esta misma sociedad, pero con una ironía hecha para hacernos reír.

Hay pasajes en Una que me recordaron a María Luisa Bombal quien fue  coetánea de Elisa Serrana; como por ejemplo cuando Serrana describe  las sucias aguas del rio Mapocho. Encontré que hay cierta similitud de escritura con la descripción de las aguas y el contacto del cuerpo, esa proyección tan « bombaliana »entre cuerpo y tierra :…de la boca le brotaban círculos de agua y a su pelo se enredaban algas, y en algunos secretos lugares de su mente se repetía otra vez el golpe. Un golpe de cuerpo en el agua. No dolió el golpe ni sintió el frío del agua. Un frío dulce y quieto al principio, como un adormecimiento. El instinto la obligó a debatirse, a querer salir, a mover los brazos y cerrar bien la boca, a nadar a pesar de los pesados pliegues de su camisa de dormir. Expelía agua. Deseaba arrojar de su garganta el légamo por años acumulado…página 292.

Una novela interesante, innovadora para la época, con un planteamiento osado que opone la felicidad burda de lo criollo  con la infelicidad  lejos de lo criollo, pero que brilla mucho y enceguece.

UNA, Editorial Andrés Bello 2002,  ISBN 956-13-1773-7

Malarrosa d’Hernan Riviera Letelier

Hernan Rivera Letelier est un poète et écrivain chilien (Talca 1950); il a commencé sa carrière littéraire avec des prix de poésie. Actuellement il écrit presque exclusivement autour du thème des mines de salpêtre du désert d’Atacama, remémorant des personnages qui ont réellement existé et  tout un monde qui a disparu  après avoir connu un essor incroyable entre les années 1810-1930. Hernan Rivera Letelier est un « enfant de la balle », c’est à dire qu’il a vécu avec ses parents toute son enfance dans les « oficinas salitreras » (= mines de salpêtre) comme on les appelle au Chili. Non seulement il a vécu là son enfance, mais il est retourné travailler dans ces mines jusqu’à l’âge de 19 ans. C’est un écrivain totalement auto-didacte, ce qui m’inspire un profond respect. Avec sa prose populaire, riche et très truculente, il a su redonner vie à des endroits et des personnages avec une rare virtuosité .

Son oeuvre commence à être importante, environ dix-sept titres pour le moment. Outre le fait qu’il sait donner à ses personnages des noms originaux et très évocateurs, je trouve qu’il possède une vraie magie pour choisir les titres de ses livres. Malheureusement certains des  titres ne rendent bien que dans sa langue vernaculaire, leur traduction en français les rendant plus insipides.

Malarrosa date de 2008, c’est le titre que la traduction française a accordé à « Mon nom est Malarrosa« . C’est un roman qui réunit la quintessence de l’art de Rivera Letelier, c’est à dire, ce décor fabuleux de la pampa chilienne aride, une « oficina salitrera » appelée Yungay, ( voilà exactement ce qu’était Yungay: un mirage surgi dans la partie la plus ingrate du désert d’Atacama), un titre bien explicite, des personnages et des situations récurrents dans sa bibliographie (mineurs, petits commerçants, patrons, escrocs de tout poil, joueurs, saloons, bagarres à profusion, allumés de tout poil, et le personnage « starisé » par excellence, la prostituée des maisons closes, un vrai « must » de la pampa). Un monde assez interlope avec ses lois et ses us, mais d’une drôlerie incroyable. Les scènes tournent parfois au western « à la chilienne » avec de la castagne, des morts au kilo, une justice approximative, la java alcoolisée incontournable dans des lieux abandonnés à la main de Dieu. Il y a à peine quelques semaines j’ai lu ce roman en espagnol et la curiosité me vint de savoir si j’allais éprouver le même enchantement en le lisant en français: la réponse est oui, bravo au travail de la traductrice Bertille Hausberg qui a su rendre les passages drôles aussi désopilants.

Malarrosa est le nom d’une gamine, dont le prénom Malvarrosa,  a été mal orthographié à la naissance et  c’est devenu Malarrosa. Elle perdra sa mère de tuberculose trop tôt et prendra en charge son pauvre père, un joueur de poker invétéré , de bas étage. La gamine, en dehors d’une maturité incroyable, est dotée de pouvoirs  étranges comme de retrouver des objets perdus ou de maquiller à la perfection les morts. Ainsi, nous irons d’aventure en aventure et de tripot en tripot et nous vivrons un véritable western où les colts sont le plus souvent remplacés par des poings mortifères. Cette petite épopée permet de se faire une idée assez précise de ce que fut cet univers. Bien sûr, il y a dans les romans de Rivera Letelier du réalisme magique, mais mélangé à des histoires vraies qui s’approchent du reportage ethnologique.

Ces mines de salpêtre ont été à l’origine de fortunes colossales au Chili et ailleurs, car le nitrate était très demandé comme fertilisant et comme un constituant de la poudre. Mais l’exploitation du nitrate naturel  s’est éteinte quand en 1929 le nitrate synthétique a été découvert par les allemands Fritz Haber et Carl Bosch. Le prix en 1930 est tombé de 90% ce qui sonna le glas de ces mines. Des milliers d’ouvriers ont été licenciés du jour au lendemain sans aucune indemnisation, ce qui fut à l’origine de manifestations sanglantes où l’armée a tiré sur les civils occasionnant beaucoup de morts. Dans le livre il est question plusieurs fois du massacre de Saint Grégoire puisque le papa de Malarrosa a été sauvé in extremis par un fort en bras qui deviendra plus tard son garde du corps pendant les parties de poker.

Le désert d’Atacama est un des déserts les plus arides de la planète avec 105 000 Km carrés entre le Pacifique à l’ouest et la Cordillère des Andes à l’est. Il ne pleut pas sur ce désert ou alors une précipitation minime chaque 15 à 40 ans, et dans certains secteurs du centre, il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis…400 ans! Les variations thermiques sont extrêmes avec moins 25 la nuit et entre 30 et 50 °C dans la journée. Ce n’est pas pour rien que ce désert chilien a été choisi par  la SAFER (Sample Acquisition Field Experiment with a Rover) pour tester le véhicule que la Terre enverra vers la planète Mars en 2018, afin d’étudier la nature du sol martien.

Voici un auteur que j’aime beaucoup car il est avant tout très authentique et il emploie la exacte faconde pour nous narrer ce monde disparu.

MALARROSA, Métailié 2011, ISBN 978-2-86424-709-8

Mañana no será lo que Dios quiera de Luis García Montero

Luis García Montero es un escritor, ensayista, crítico literario, pedagogo, y sobre todo un poeta español (Granada 1958) con varios  premios en poesía. Es el marido de la escritora Almudena Grandes.  Desde que lei  su libro del 2012, Una forma de resistencia (billete en este blog en septiembre 2012) , tenía deseos de leerle otro libro en prosa. No soy adepta a la poesía e ignoro casi todo del género. En cambio, encontré que su libro en prosa era muy bonito, muy bien escrito, y que agregaba algo en un estilo de escritura que podría ser poético. Una amiga, Loreto R. me trajo de regalo de Madrid este libro y me sentí feliz.

Mañana no será lo que Dios quiera de 2009, es una biografía novelada del poeta asturiano Ángel González Muñiz (conocido como Ángel González); este libro fue galardonado con el Premio del Gremio de Libreros al mejor libro 2009. El poeta Ángel González (Oviedo 1925-Madrid 2008) recibió muchos premios, es un poeta reconocido por sus pares y que fue  amigo íntimo de su biógrafo, quien grabó todas las entrevistas que le hizo, previas a la publicación del libro. Estamos ante una biografia hecha desde la admiración y el cariño hacia un poeta que fue una punta de lanza de la Generación del 50 española.

El título proviene del poema « El futuro » de Ángeles González: Pero nada es aún definitivo, / mañana he decidido ir adelante, / y avanzaré, / mañana me dispongo a estar contento, / mañana te amaré, mañana / y tarde, / mañana no será lo que Dios quiera.

Se trata de un libro en prosa, hecho por dos poetas, lo que le confiere un aire especial (« libro en prosa, tratándose de dos poetas ! y para colmo novela o novelado ! dijo Jaquín Sabina en el diario El País). Toda la familia de Ángel González, todos « rojos » moderados,  aparecen en el libro: la madre maestra republicana, el padre pedagogo y fallecido muy pronto, el abuelo materno ilustre profesor, la hermana Maruja maestra « depurada », el hermano Manolo asesinado, el hermano Pedro exiliado (en Chile, hacia donde partió en el Winnipeg, el barco fletado por Pablo Neruda para salvar un grupo de republicanos). Y todo esto a causa de la mortífera y sempiterna Guerra Civil española que es un tema más que recurrente en las letras españolas…El poeta tuvo una adolescencia difícil, padeció de tuberculosis grave justo en el momento que lanzaba, por fin, sus estudios de Derecho para llegar a ser un « hombre de bien » y ayudar pecunariamente a su madre.

Diré francamente que no me gustó el estilo  del libro, estuve varias veces a punto de dejar la lectura que me produjo aburrimiento: muchas digresiones, muchos puntos de vista, muchas repeticiones, páginas y páginas sobre personajes que pusieron la biografía del poeta muy a trasmano. Me es difícil resumir el libro porque la prosa se dilata ad libitum y resultó pesado, denso, aburrido. La calidad de poeta del escritor se nota en el estilo, a veces con frases o párrafos bonitos, pero no bastó para dejarme satisfecha y apasionada con la lectura. Asumo que es una apreciación estrictamente personal, no profesional, pero de parte de una lectora empedernida que puede entusiasmarse mucho con una buena lectura. Aquí se me caían los brazos de aburrimiento.

Al final del libro (que contiene bastante poesía que me suena llana y bonita) hay un poema que se intitula « La verdad de la mentira » y lo cito :  Al lector se le llenaron de pronto los ojos de lágrimas, / y una voz cariñosa le susurró al oído: / ¿Por qué lloras, si todo / en ese libro es de mentira? / Y él respondió: / -Lo sé; / pero lo que yo siento es de verdad. [« La verdad de las mentiras », el título de un ensayo de Mario Vargas Llosa de 1990 sobre la literatura].

MAÑANA NO SERÁ , Punto de Lectura 2009,  ISBN 978-84-663-2497-7

Le jardin blanc de Stephanie Barron

Stephanie Barron est un écrivain et journaliste américain (New York 1963), de son vrai nom Francine Stephanie Barron, diplômée d’Histoire européenne à Princeton, ayant un Master d’Histoire à Stanford. Elle a un cursus très original puisqu’elle a travaillé pour la CIA comme analyste à la cellule anti-terroriste, pour se consacrer exclusivement à l’écriture à partir de 1992.

Elle a écrit une série de onze polars  qui redonnent vie à l’un de mes écrivains favoris, Jane Austen. J’ai lu et commenté l’un de ces onze opus en septembre 2014: Jane Austen et l’Arlequin, et je ne fus pas déçue par cette lecture:  un polar « soft » mais foisonnant en détails vrais et intéressants,  très bien documentés sur l’Angleterre de l’époque. Et en recherchant des informations sur la bibliographie de S.Barron, j’ai remarqué ce roman,  Le jardin blanc de 2009 qui mettait en vedette deux personnages fascinants pour moi: la tourmentée et talentueuse Virginia Woolf et la séduisante et excentrique Vita Sackville-West alias Madame  Harold Nicolson pour la ville.

Les Nicolson achetèrent dans le Kent le petit château de Sissinghurst en 1930 et en firent une vraie féerie avec le jardin: les dix hectares de terres limitrophes furent divisées en dix jardins à thèmes différents, séparés, mais communiquant les uns avec les autres.  Pour d’aucuns, la parcelle dite le jardin blanc ce serait la plus belle, le plus achevée, la plus réussie. Le château de nos jours est visitable; il a été confié à une Fondation mais les descendants Nicolson ont encore l’usufruit complet plusieurs mois par an…

L’imagination sans bornes de Stephanie Barron, une  historienne chevronnée, nous a concocté une intrigue incroyable et osée: Virginia Woolf ne se serait pas suicidée le 28 mars 1941 , mais elle aurait fait une fugue à pied vers son amie (et ex maitresse) Vita Sackville-West, car elle craignait un complot visant à la supprimer;  les Woolf habitaient  Monk’s House dans le village de Rodmell,  une propriété assez proche de Sissinghurst. Il faut savoir que plusieurs membres du  sélect Groupe de Bloomsbury, dont les Nicolson et les Woolf faisaient partie, habitaient le périmètre du château de Sissinghurst.

Ce Groupe de Bloomsbury réunissait des intellectuels et des artistes britanniques depuis le début du XXème siècle jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. Ils étaient unis non pas par un lien social, mais plutôt par un lien intellectuel car plusieurs de ses membres émanaient de l’université de Cambridge, de Trinity et de King’s College, c’est à dire, d’un creuset très élitiste. Le nom vient du fait que plusieurs membres habitaient le quartier londonien de Bloomsbury. Ce Groupe, assez fermé, a été formé bien avant la notoriété de ses membres et leurs influences communes sont visibles dans leurs oeuvres. Ce qui soude le groupe, est leur hostilité envers le capitalisme, les guerres impérialistes et les attaques contre les pratiques répressives de la société pour maintenir l’inégalité sexuelle.

Aussi, plusieurs de ses membres étaient liés par une association sécrète appelée Les Apôtres ( Cambridge Apostles), réunissant les  étudiants de premier cycle  où le sentiment de l’amitié devait primer sur le sentiment de patriotisme, d’où une cohésion très forte entre eux. Par l’intermédiaire des Apôtres, les membres du Groupe de Bloomsbury rencontrèrent des philosophes analytiques comme Moore et Russell qui révolutionnèrent tant la philosophie anglaise.

L’écrivain Stephanie Barron se sert des dix jours après la disparition de Virginia Woolf, avant que son corps ne soit repêché de la rivière Ouse, alourdi de pierres, pour nous concocter une fiction où la dépressive Virginia aurait fui son mari, lequel faisait partie des Apôtres, afin d’échapper à un complot qui mêle le contre-espionnage Anglais. Partie assez compliquée, mais très documentée. L’intrigue se laisse lire surtout par les informations apportées sur Virginia et Vita et leurs cadres de vie, et la description minutieuse de la formation du jardin de Sissinghurst dont je vous laisse un lien pour apercevoir quelques perspectives de ce qui reste aujourd’hui du jardin blanc, jardin  conçu par Vita pendant la guerre.

http://www.invectis.co.uk/sissing/sswhite.htm

Ce que j’ai trouvé  très intéressant, c’est la confrontation entre les personnages modernes qui mènent l’action: la belle paysagiste américaine Jo Bellamy (aucune description bien détaillée n’est donnée sur sa personne, on sait qu’elle a trente ans, qu’elle est brune et qu’elle est belle. Mais elle doit être drôlement belle puisque tous les mâles qui l’approchent tombent amoureux d’elle !). Jo Bellamy doit reproduire le jardin blanc de Sissinghurst dans la propriété américaine d’un richissime homme d’affaires, Graydon Westlake d’East Hampton (NY), ce qui est la raison de son déplacement à Londres. Puis de Peter Llewellyn, Anglais expert en manuscrits pour  Sotheby’s. Le grand père de Jo Bellamy était Anglais et issu d’un village tout près du château de Sissinghurst, raison pour laquelle en 1941, alors qu’il était un garçonnet, il avait travaillé comme jardinier pour Vita car la main d’oeuvre était rare par ces temps de guerre . Jo va découvrir dans un appentis, un vieux cahier enfoui dans une caisse qui remet en cause la fin de Virginia Woolf et voilà notre fiction partie en flèche…

J’ai apprécié la confrontation de caractères entre les personnages Américains et Anglais du roman, tellement différents dans leurs fonctionnements et leurs raisonnements. Le côté décidé et sans chichis des Américains, direct (allant jusqu’à parfois manquer de manières) et le côté tellement alambiqué, compliqué des Anglais qui débordent de manières pour toutes les occasions: savoureux et sonnant juste.

Et ce roman, léger mais documenté, m’a rappelé un autre roman délicieux où il est aussi question de beaucoup d’horticulture; il s’agit du roman d’Elizabeth von Arnim, écrivain anglais, livre très autobiographique, écrit en 1898 et intitulé Elizabeth et son jardin allemand.

LE JARDIN BLANC, NiL 2009,  ISBN 978-0–553-38557-0

 

Los geniecillos dominicales de Julio Ramón Ribeyro

 Julio Ramón Ribeyro es un  escritor de novelas y de teatro, ensayista y aforista peruano (Lima 1929-1994) poseedor de una de las prosas más bellas que conozco en lengua castellana, especialmente con sus cuentos que son verdaderas joyas . Es un  miembro de la generación del 50 peruana. Vivió largos años en Paris terminando como embajador peruano a la Unesco.

La obra de Ribeyro refleja un realismo urbano que abre el camino al Boom latinoamericano del cual el escritor prefirió vivir alejado.

Julio Ramón Ribeyro y sus Cuentos completos, es el quinto libro más consultado en este blog : 1650 consultas hasta ahora, lo que no es poco.

Sus personajes pertenecen a la clase media establecida o a la clase baja ascendente, en situaciones de fracaso, con pequeñas tragedias personales o cotidianas.

« Los geniecillos dominicales » es su segunda novela de sólo tres que  dejó, publicada en 1965 y ganadora del premio de Novela del diario limeño Expreso.  La novela desarrolla el tema del desencanto juvenil a través de las vivencias de Ludo Totem, personaje que conlleva rasgos autobiográficos del autor. Es una novela urbana en toda su acepción,  que retrata el mundo de la clase media limeña venida a menos, al mismo tiempo que pugna una nueva clase social por surgir, la del proletariado que tiende a mejorar. El título viene de la pandilla que frecuenta Ludo Totem, todos esos muchachos fanáticos de literatura y que intercambian en torno a este tópico, sobre todo los domingos.

Ludo Totem tiene la edad que debió tener Ribeyro en los años 50, cuando transcurre el relato: se trata de un  joven apasionado por la literatura, que ya escribe  cuentos y  es un fumador empedernido. La historia es sombría,  es una bajada al infierno de la decadencia física y moral de un muchacho de buena familia (aunque venida a menos), que decide abandonar su empleo de funcionario para « vivir » su bohemia. A partir de ese momento la narración se vuelve sórdida , con la frecuentación del lumpen limeño.  Es la quintaesencia de un anti- héroe : ningún proyecto, ninguna línea de conducta, búsqueda desenfrenada de un placer patético porque efímero y vacuo. Ningún examen de consciencia, el vacío existencial total.

Estamos en una Lima de la década del 50 con clases sociales claramente delimitadas, mundos que se codean, se observan, pero no se cruzan. Los tipos sociales del Perú de entonces son variados y diferentes, yendo del blanco puro al negro retinto. Cada coloración gira en un ámbito particular. Página 159 tenemos un descriptivo  bastante enjundioso:…Y una población horrible, la limeña, la peruana en suma, pues alli había gente de todas las provincias: cholos, zambos, injertos, cuarterones, mulatos, quinterones, albinos, pelirrojos, inmigrantes o blancoïdes, como él, choque de varias razas…En suma, una raza que no había  encontrado aún sus rasgos, un mestizaje a la deriva… Había narices que se habían equivocado de destino e ido a parar sobre bocas que no les correspondían. Y cabelleras que cubrían cráneos para los cuales no fueron aclimatadas. Era el desorden… Por lo menos el indígena puro tenía  una expresión, es decir, un estilo. Pero lo penoso era que el indígena trataba de disimular su nobleza ignorada y la recubría con elementos prestados: el peinado del cholo, el traje del blanco, el andar del zambo, las maneras y los dichos de todos ellos y resultaba a la postre una constantinopla de gestos y envoltorios…

El contenido de esta novela es negro y desangelado, pero la prosa es suntuosa.  Lo comparo con la prosa prístina del colombiano Alvaro Mutis que encuentro superior a la de Gabriel García Marquez, pero ésto es cuestión de gustos y de sensibilidad…

LOS GENIECILLOS DOMINICALES, RMPerfiles 2008,  ISBN 978-84-92480-11-1

 

Un étranger dans la maison de Patricia Macdonald

Patricia  Macdonald est un écrivain et journaliste américaine (Connecticut 1949) diplômée d’un doctorat de journalisme de Boston; elle écrit des romans à suspense; elle est mariée avec l’écrivain Art Bourgeau qui possède à Philadelphie, la meilleure librairie spécialisée dans les polars des USA, c’est peu dire.

Un étranger à la maison (Stranger in the house, 1985) est son deuxième roman; aujourd’hui elle a publié plus de quinze titres (en moyenne un par an) et a été traduite dans plusieurs langues. Quatre de ses livres ont été adaptés pour la TV et en France elle a vendu plus de 1 million 800 000 livres !

Alors que j’ étais en vacances, je me suis retrouvée à court de lecture en français, et l’ hôtel m’a prêté gentiment celui-ci (merci aux voyageurs anonymes qui laissent des livres sur place !).

C est un polar psychologique et un vrai roman à suspense,  un peu « naïf » au goût de ce jour compte tenu de ce qui se publie actuellement  parce que les polars d’aujourd’hui ne sont plus des histoires purement policières, mais,  selon les cas, des histoires ayant une orientation ethnologique, sociologique, historique, etc. J’ ai retrouvé une vague ressemblance entre ce roman et les thrillers psychologiques de l’efficace et talentueuse Laura Kasischke, mais sans le côté malsain et terriblement perturbateur des livres de Mme Kasischke. La ressemblance tient a mon avis à cette lente montée de l’ angoisse dans un cadre parfaitement huilé et « normal » .

Cette histoire s’articule autour de la disparition d’un petit garçon  de 4 ans  alors que sa  maman l ‘avait laissé seul dans le jardin, dans son parc, pour aller s’occuper de sa fille de 7 ans, alitée avec de la fièvre. Cette disparition va durer onze années pendant lesquelles la mère n’abandonnera jamais une intuition que lui dit qu’elle récupérera son fils. Et quand le garçon resurgira, ce sera un étranger pour sa famille.

Ceci pose le problème de fond suivant: nous sommes, certes, le résultat du mélange de gènes légués par les parents, mais aussi, le résultat direct d’une éducation, d’un environnement, d’une culture, d’un milieu social. Les personnages sont assez bien campés dans ce roman: la mère de famille dévouée, le rapport avec les voisins, la vie de couple, les occasions d’aventure pour les hommes insatisfaits dans leur couple, l’adolescence et sa crise inévitable, les rapports avec la police.

Bon polar psychologique qui nous prend aux tripes, il se laisse lire jusqu’au bout.

 

UN ETRANGER , Albin Michel 1985,  ISBN 2-226-02350-X